Retour sur le Brussels Short Film Festival 2019

bsff2019_300x666Retour sur une vingt-deuxième édition du BSFF en plein renouveau tranquille, sans annonce avec grand fracas; les différentes sections se sont faites plus que jamais témoins de leur temps en phase avec la société civile. Une sélection nationale parmi les plus réjouissantes jamais vues, une compétition internationale comprenant nombre de films de qualité, et une section next generation (film d’écoles) essayant de réfléchir au futur de la société et du cinéma. Rarement aussi j’ai été autant en accord avec les décisions des jurys, particulièrement en compétition nationale. Comme il est souvent difficile de voir tous les courts métrages, nous allons nous concentrer sur les films aimés, conseillés.

Compétition Nationale :

Provence de Kato de Boeck – Un film d’une remarquable justesse sur les rapports que peuvent avoir un frère et une sœur. Rivalité, jalousie, complicité et grande tendresse se mélangent. Le temps des vacances, son ennui, est aussi parfois la possibilité d’évolution, de changements. Il n’est pas possible d’en dire plus sans en faire un malheureux spoiler.

Matriochkas de Berangère Mc Neese – Il y a quatre ans, Le sommeil des amazones, le premier court métrage de la comédienne/réalisatrice, avait été fort remarqué dans le petit milieu du cinéma. Aujourd’hui, son troisième court métrage est à nouveau une très belle réussite. Anna, 16 ans, vit avec une mère aimante mais instable, alors elle devra se confronter seule aux duretés d’une décision à prendre. Extraordinaire interprétation, souffle et réflexion sur la féminité, sur la liberté, Matriochkas confirme le devenir prometteur d’une vraie réalisatrice dont on attend déjà le passage au long métrage.

Une soeur de Delphine Girard – Le court métrage est un genre qui de par son format se prête très peu au thriller. En cette durée réduite, il est compliqué d’installer une situation permettant d’amener au suspense. Delphine Girard y parvient pourtant : dès les premiers instants, on est dans l’angoisse d’Alie, coincée dans une voiture avec un homme qui ne lui veut manifestement pas que du bien. Parvenant à joindre un service d’urgence, on partage son anxiété que ce soit déjà trop tard. Sans le démontrer, si ce n’est par le titre, il s’agit aussi d’un message très fort prônant la sororité.

Détours de Christopher Yates – Thriller encore.  « Ces pauvres tarés qui se cognent/Pour un phare un peu amoché/Ou pour un doigt tendu bien haut/Y en a qui vont jusqu’à flinguer/Pour sauver leur auto-radio ». À part que plus personne n’a d’auto-radio et que les meufs peuvent aussi être transformées, le volant en main, en monstres, pas grand chose n’a changé depuis le « Miss Maggie » de Renaud. Alors on flippe, on est tendu dans cette incroyable course poursuite orchestrée par Christopher Yates avec un Yannick Rénier effrayant de dangereuse normalité.

Compétition Internationale :

Roberto le canari

Roberto le canari

Roberto le canari de Nathalie Saugeon – Quand la mort du canari familial révèle les failles et les difficultés à communiquer dans toute une famille. Comédie dramatique française s’il en est et franche réussite à la fois. Tout sonne très juste, ode à la sensibilité, à l’acceptation de ce que l’on est, du deuil, l’émotion fonctionne aussi par la présence d’une Élodie Bouchez en état de grâce qui transporte toute une vie dans son jeu.

Pauline asservie de Charline Bourgeois-Taquet – Partant des Fragments du discours amoureux de Barthes et de l’idée que l’amour est l’attente, une jolie comédie douce amère toute Rohmerienne. Dialogues ciselés, Anaïs Demoustier parfaite, comme d’habitude, toute la structure est en équilibre sur un fil. Mais tout fonctionne pour ceux qui aiment ça. Ce qui n’était apparemment pas le cas du jury.

Compétition Next Generation :

Simon pleure de Sergio Guataquira Sarmiento – Pleurer son amour, se liquéfier, tout est ici pris au sens littéral. Ce qui aurait pu n’être qu’une fausse bonne idée devient une vraie tentative de cinéma, et si il aurait pu être retranché quelques minutes, nous avons l’impression d’assister à la naissance d’une vraie esthétique pop. Et la chanson qui revient comme un leitmotiv tout au long du film est une des choses les plus déchirantes qu’il nous ait été donné d’entendre récemment.

Suspension d’audience de Nina Marissiaux – Les procès d’assises sont une trame classique du 7ème art. Le documentaire prend comme point d’ancrage un père ayant perdu ses enfants dans un triple homicide et qui tente de conserver sa dignité et la pudeur de son chagrin malgré tout. Il ne veut pas de vengeance, il désire seulement la justice et la paix. La caméra se place à bonne distance pour laisser au spectateur le choix de l’émotion ou de la réflexion plutôt que celui du voyeurisme. Le spectateur de l’audience et ses motivations, qui sont aussi au centre de l’épilogue, le tout dans une sorte de micro-trottoir qui dessert peut-être le propos initial.

Laurent Godichaux

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