Retour sur le festival Are You Series? au Bozar du 11 au 15 décembre

Tour d’horizon de la création essentiellement européenne en matière de séries, l’événement, le festival Are You Series? s’ouvre aussi chaque année de plus en plus aux nouvelles formes de narration, de la websérie à la réalité virtuelle. Contrairement aux idées reçues, on peut se poser la question si le genre « séries » n’a pas déjà connu son âge d’or au moins niveau artistique et n’est pas déjà rentré dans une démarche de reproduction sans beaucoup d’imagination de ce qui a fonctionné.

Love Foodies (projection des épisodes 1 et 3) de la cinéaste Isabel Coixet faisait l’ouverture. Le pitch était amusant. Une application de rencontres offrait aux amateur.rice.s de bonne bouffe et du goût de se rencontrer en fonction des affinités de leurs papilles. Mais c’était le pitch. Là on a surtout l’impression d’assister aux rencontres du même potentiel couple dans différents restos. La réalisation, à force d’essayer d’être inventive, est surtout instantanément ringarde. Les petites bulles avec la pensée. Sérieusement, en 2019, on peut encore faire ça ?

Le lendemain, je suis curieux de voir Hackerville (épisodes 1 et 2), la série germano-roumaine produite par Christian Mungiu pour HBO Europe. J’apprends déjà que Timisoara n’est pas qu’une vieille histoire de charniers mais aussi le haut lieu du hacking européen. La réalisation nerveuse, les enjeux toujours remis en question, l’allemande Anna Schumacher protéiforme, on ne s’ennuie pas une seule seconde même si rien n’est révolutionnaire non plus.

Comme annoncé sont aussi présentés des webséries. Lost in Traplanta, étrange objet entre docu et fiction, prend le prétexte d’une impossible reformation de Outkast, le légendaire duo, pour comprendre comment Atlanta est devenue la plaque tournante du hip-hop de cette dernière décennie. C’est loufoque et éducatif à la fois, et porté par un Kody en grande forme.

Le samedi, les deux saisons de l’extraordinaire Fleabag sont proposées en version binge watching plus brunch. Si la première saison nous surprenait par ce mélange inédit de prosaïsme destiné à amuser et de profondeur sombre, la deuxième créée encore plus profondément les angoisses, l’inavoué de la protagoniste. C’est tendu, prenant. On ne peut pas décrocher. Phoebe Waller-Bridge est géniale.

Le samedi est projeté également Parfums d’Irak, la websérie produite par Arte et créée par le franco-irakien Feurat Alani. Récit d’une vie à la recherche de l’Irak, la série dessinée est narrée en voix off par Alani lui-même. De temps en temps sont aussi insérées quelques images d’archives familiales et/ou historiques. Le ton est pudique mais aussi très personnel. On sent la douleur d’un exil, d’une migration toujours inachevée. À la fois très réussi d’un point de vue esthétique, éducatif sur ce pays pas si bien connu et émouvant par son contenu intime, Parfums d’Irak prouve à quel point la websérie par son format court peut réinventer la narration. À noter que l’entièreté de la série est disponible à la vision libre.

Les Sauvages

Toujours le samedi, Les Sauvages de Rebecca Zlotowski est à découvrir. J’adore le cinéma de la réalisatrice française et c’est donc avec une certaine impatience que j’attendais sa première série. Série politique à la française, la fracture sociale, l’impossibilité des dirigeants à inclure les nouvelles donnes du monde sont la toile de fond des Sauvages. Roschdy Zem en nouveau président, le premier qui serait racisé, est parfait, comme toute la distribution. La réalisation est pertinente et efficace. C’est nerveux. On veut connaître la suite. Mais on est quand même un peu déçu, parce qu’on ne retrouve pas tout à fait la patte de Zlotowski.

Le dimanche le festival se clôture avec la série finlandaise Shadow Lines. La projection des deux premiers épisodes est précédée d’un mini concert de la pop star finnoise Olavi Uusivirta. Il fait le show et c’est assez rigolo. Puis vient la série. C’est une série d’espionnage. Je vois que c’est parfaitement réalisé, que c’est magistralement interprété. La reconstitution des années 50 est très jolie Mais je ne comprends strictement rien aux histoires d’espionnage. C’est comme ça. Je ne sais jamais qui sont les bons, qui sont les méchants et j’ai toujours l’impression que tout le monde pourrait s’en foutre de leurs secrets d’états.

Voilà, c’est fini pour cette année. Évidemment, pour des questions d’horaire et de temps, je n’ai pu voir que la moitié du programme, mais il me faut quand même constater que ce n’est certainement pas un hasard si le plus beau renouvellement des pratiques narratives vues était dans les webséries plutôt que dans la série.

Laurent Godichaux

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