Revenge (Coralie Fargeat, 2018) au Offscreen Festival

102-cinemovies-2c1-b6e-612dd2314a504c242eca2f73b7-revenge-movies-254109-1Il est rare que je sorte d’une salle de cinéma avec un sourire gravé sur mon visage comme la bêtise sur celui de Charles Michel. C’est pourtant ce qu’il s’est passé au sortir de Revenge, le premier long de Coralie Fargeat.

Un sourire car c’était bon. Un sourire car j’ai pris mon pied devant un film fun, bourrin, imaginatif et surtout sincère.

Un casting tout aussi réduit qu’efficace (Kevin Janssens est radical et le regard aussi terrifié que déterminé de Matilda Lutz est fascinant) et une gestion des décors (ça se passe au Mexique mais c’est tourné au Maroc) franchement réussie.

Alors bon, le film a beaucoup de défauts : c’est gros et pas crédible à pas mal de niveaux, il y a quelques soucis d’écriture et les dialogues sont souvent maladroits, voire énervants… Heureusement, il y en a peu et c’est sans doute là que réside la force du métrage : tout le ressenti viscéral passe presque exclusivement par l’image. Bien loin d’un cinéma bavard, Coralie Fargeat prend le temps de poser ses personnages et sa tension avant de lâcher tout dans un tourbillon gore avec quelques touches mystico – psychédéliques et, surtout, le film regorge d’idées visuelles franchement dingues et plutôt très bien maitrisées (parmi lesquels un plan-séquence final bluffant !).

Pour ce qui est de ce tapage qui vend le film comme une œuvre féministe engagée, précisons que le sous genre rape and revenge est un pan complet du cinéma d’exploitation ayant eu ses œuvres marquantes telles que I Spit On Your Grave de Meir Sarchi, MS 45  d’Abel Ferrara, Last House On The Left de Wes Craven, pour ne citer qu’une infime partie de ce que ce genre souvent mal-aimé a pu proposer depuis le début des années 70 et la grande époque du cinéma grindhouse.

revenge_850x300Le fait que ce film soit encensé et reconnu (par divers médias) comme une œuvre féministe et engagée m’énerve. Tout d’abord car même si le côté barbie du personnage principal et sa transformation ont quelque chose d’intéressant (surtout car il évite cette idée récurrente de « la vierge et la putain » montrant une héroïne timide et vêtue de façon austère se transformant en femme fatale sexy et redoutable après son traumatisme, comme c’est le cas dans le MS 45  de Ferrara), Coralie Fargeat la filme de façon extrêmement proche, voyeuriste et la présente comme une pin-up jouant uniquement de son charme. Je vois bien où elle veut en venir mais son approche ne s’éloigne pas beaucoup des autres films de cette catégorie que j’ai eu l’occasion de voir.

Ça m’énerve ensuite car j’ai l’impression que ce  » label féministe » est posé, au-delà du thème abordé, car il est réalisé par une femme. Ne serait-ce pas plus féministe de ne pas se prononcer là-dessus juste pour cette raison ? De se dire que femme ou homme on s’en fout car Coralie Fargeat me semble surtout une réalisatrice avec une vision, une maîtrise et d’excellentes idées de mise en scène qui vient de réaliser une grosse série B bien badass, certes imparfaite, mais qui restera pour longtemps un bon film du samedi soir ? Moi je trouve en tous cas…

Bisous

Major fail

Revenge de Coralie Fargeat avec Kevin Janssens et Matilda Lutz sera en salles à partir du 21 mars.

P.S. : comme pour la plupart des films actuellement, je vous déconseille grandement de regarder le trailer. Mais pour ceux qui veulent se saboter ce moment de cinéma, il est juste ici en dessous.

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