Jacques aux Nuits Botanique (17/05/2017)

lesnuits_300x666Alors que ce printemps 2017 signe la dernière itération du partenariat Cirque Royal/Nuits du Bota, nous avions droit mercredi à une double ration de pop belge intello, avec un rab de techno bricolarde régressive. Une soirée que l’on qualifiera, sans doute un peu sévèrement, de « bien, mais pas top. »

Les Robbing Millions se sont formés il y a quatre ans et ont sorti depuis deux EP et un album. Le quintet bruxellois fait partie de ces groupes dissimulant difficilement leur formation jazz précédant leur glissement vers la pop. C’est techniquement de haut vol tout en respirant l’aisance et la facilité. Mais même si les bonhommes se retiennent, ils communiquent néanmoins un plaisir de jouer évident. Parfois un peu trop évident d’ailleurs pour Gaspard Ryelandt, l’un des deux frontmen qui passe un peu trop de temps à se rouler par terre et à renverser sa bouteille de bière en long et en large de la scène.

On est face à une pop un peu trop lisse et trop scolaire sans tomber dans le convenu. Tout est propre, tout est carré, tout est admirablement bien à sa place. La qualité sonore est au diapason, on entend distinctement chaque instrument et les voix sont claires, justes et finement modulées. Il y a une vraie recherche musicale, notamment dans les lignes de guitare de Lucien Fraipont, principal compositeur, qui synthétisent de façon très propre tout ce que le rock et la pop ont fait de mieux pour les six-cordes ces dix dernières années. Malgré cela, on peine à s’enthousiasmer outre mesure tant il semble y avoir une volonté à ce que rien ne dépasse, rien ne soit trop extravagant dans les compositions. Si certaines chansons arrivent à concilier ambition tubesque et pulvérisation/reconstruction des arrangements pop traditionnels -mention spéciale pour le batteur qui sort des lignes rythmiques alambiquées sans en avoir l’air-, ce n’est pas la règle pour l’ensemble du set pourtant estampillé « best of ». On reste confiant : d’ici quelques années, ils auront certainement assez de matière pour en sortir un, de « best of ».

ROBBING MILLIONS-12 - Copie

C’est avant tout pour le retour sur scène de BRNS que nous nous étions donné rendez-vous au Cirque. César ayant quitté le groupe peu de temps après les enregistrements du prochain album, on s’attendait à ce que ce premier concert bruxellois (et quatrième en tout) avec Lucie, sa remplaçante, propose un mix entre nouveautés et vieux tubes. C’est presqu’exclusivement des nouveaux titres qui ont été joués, à l’exception de « My Head Is Into You ». Point de « Mexico », encore moins de « Void » ou de « Our Lights ». Et alors ? Sans mettre en cause la qualité des nouvelles chansons, il faut bien avouer qu’elles doivent encore être rodées. Alors qu’ils nous ont accoutumés aux concerts intenses et habités, celui-ci, malgré sa courte durée (quarante minutes) manque singulièrement de patate et d’assurance. La formule a fini par décoller, mais seulement sur les deux ou trois derniers morceaux, qui d’ailleurs semblent se dégager du reste.

BRNS-38 - CopieLe son était lui aussi un peu en deçà des attentes que l’on peut avoir pour un groupe qui nous a habitué à un travail d’orfèvre. Peut-être était-ce dû à ma position décentrée mais cela sentait un peu le potage lorsque les instruments jouaient tous en même temps. J’ai également encore mes réserves sur les lignes de guitare de Diego; d’une part car elles donnent l’impression d’être parfois une pièce rapportée, ajoutée par-dessus des compositions qui n’en ont pas forcément besoin, d’autre part parce que lorsqu’il gratte ses accords à toute valdingue, le son devient à la limite de l’agressivité malvenue, désamorçant immédiatement toute sensation de puissance censée ressortir durant les points d’orgue des morceaux. Néanmoins, certaines nouvelles compositions cadrées autour de la guitare lui donnent une place nettement plus intéressante. On pourrait penser que je suis un peu dur avec le groupe, mais c’est justement parce que je place beaucoup d’attentes en eux que ma relative déception était à la hauteur de leur talent. On leur donnera une autre chance un peu plus tard dans la saison, peut-être après la sortie du disque.

JACQUES-3 - CopieUn quart d’heure après la sortie de BRNS, la tête de nœuds d’affiche débarque en short sur la scène. Il y a encore un an, Jacques n’avait encore que le statut de la « première partie rigolote qui est pote avec Salut c’est cool ». Aujourd’hui, sa coupe de cheveux absurde et lui occupent le haut de l’affiche. Indéniablement, les ingrédients du buzz sont rassemblés, et en plus le gars dégage immédiatement une aura de franche sympathie. Est-ce assez pour assurer un bon set ? Malgré un réel talent d’improvisateur bruitiste, il faut constater que pour nous le gimmick s’est essoufflé après vingt minutes. Oui, c’est rigolo de créer des beats à partir d’un caddie et d’un briquet ; oui, le bonhomme est doué et jongle habilement avec les sonorités ; non, cela ne suffit pas à édifier un bon concert. En tout cas, pas dans l’optique de notre soirée. Dans un autre contexte – festival, fin de soirée le week end,… – sans doute que la formule serait plus appropriée qu’un mercredi après deux live de pop cérébrale.

Maxime Verbesselt

Crédits photos : Chloé Photographie

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