Rone à l’Ancienne Belgique (05/05/2018)

rone2018_300x666Parfois, la vie nous déborde. On arrive un peu épuisé, pas vraiment motivé à un concert. C’était le cas samedi. Rester debout pendant deux heures trente (première partie comprise) ressemblait à une certaine idée de l’enfer. Qu’on ait théoriquement envie de voir Rone, le musicien électronique français, ne changeait pas grand chose. Mais, consciencieux, à 20h, fidèle au poste, je suis à l’AB.

Je ne connais que de nom Glass Museum, la première partie. Le balcon de la salle est ouvert, j’en suis ravi, je peux me poser dans un siège confortable. Je sais qu’ils sont tournaisiens et c’est à peu près tout. Clavier (tiens, un Nord Stage comme c’est original) et batterie. Musique d’atmosphère, les compositions se pensent certainement plus aventureuses qu’elles ne le sont. Les deux musiciens sont dans la maîtrise. Ils ont l’air sympathiques et gentils. Ils n’arrivent pas à me sortir de ma torpeur. Peut-être qu’un autre jour, ça se serait mieux passé entre nous. On ne refait pas l’histoire.

Pendant que quelques techniciens s’agitent, je ne quitte pas ma place. J’y suis tellement bien. Sur scène est d’abord installé une fresque gigantesque reprenant l’univers visuel créé par Michel Gondry pour le dernier album. Quelques décors de ville en carton sont installés. Je trouve que ça fait cheap. Je crains toujours les dispositifs scéniques complexes, ils m’apparaissent souvent comme des cache-misère d’un manque de présence du musicien, voire pire, d’un manque de confiance en la musique. Mais une batterie et une importante table avec des machines diverses me rassurent un peu. Rone ne va pas se contenter de lancer ses sons à partir d’une pomme.

rone2018_850x300Un peu distrait, je me laisse surprendre par le début du concert, encore installé sur mon perchoir. Instantanément et avec joie, je comprends qu’il s’agira de la meilleure place pour profiter du spectacle. Jeu d’éclairage impressionnant, parfaitement pensé, je ne vois plus de cartons mais la magie d’une ville contemporaine à peine futuriste. Les lumières des immeubles s’allument, s’éteignent; on est plongé dans une animation réaliste. Rone derrière ses machines, malgré son apparence de mec normal, voire un peu geek, a une vraie présence. Il s’amuse, il explore les sons. Si je suis fatigué cela n’a plus d’importance. Les morceaux s’enchaînent, permettent une évasion dans un monde imaginaire, onirique. La musique appelle des images, le décor n’est pas gratuit, n’est pas là pour faire joli. Il prend son sens et quand pour certains morceaux il est moins signifiant, l’éclairagiste modeste le fait s’effacer.

Gravés, les morceaux de Rone sont plus propices à la dérive et à l’introspection qu’à la danse. En concert ça change : les beats sont retravaillés, ça groove et presque malgré moi, assis, je me mets à remuer. Ma voisine inconnue fait de même. On se lève pour être un peu moins ridicule. Il est fort le bougre, on sent l’expérience du DJ. On échange un sourire complice. La musique peut aussi servir à ça.

Un dernier rappel. L’ovation est méritée. Quand il montre son cœur pour remercier la foule de ses applaudissements on a envie de croire en sa sincérité. Faut toujours aller aux concerts, voilà la leçon.

Fripouille

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