Rone – Creatures (2015)

Rone CreaturesArrivé au sommet en 2012 avec Tohu Bohu, Rone nous annonçait à l’automne dernier la sortie de son nouvel album Creatures pour le 9 février. Une lourde tâche attendait ce nouvel EP qui devait succéder à son ainé. Lancé comme personne, Erwan Castex de son vrai nom s’est (re)lancé comme un enfant émerveillé dans une tournée infernale et une promotion grandiose pour vendre ce fichu nouvel album. Et vu le cœur mis à l’ouvrage, on a aussi eu envie de foncer vers cette nouvelle galette. Chef d’œuvre ?

Arrivé dans mes mains le jour même de la sortie, je me lance tête baissée dans l’écoute de Creatures en tendant l’oreille et en attendant beaucoup, voir énormément. « (OO) » ouvre le bal : titre à l’image de ses lunettes, ce premier morceau nous lance dans une introduction planante, grave et puissante. Détails à foison, scène sonore toujours aussi grande, chaque note se place et se déplace dans les oreilles. On ressent la maîtrise de Tohu Bohu dans ce premier morceau suivi de très prêt par « Acid Reflux », accompagné de Toshinori Kondo, maître trompettiste de jazz fusion connu en Belgique pour l’excellent Ki Oku avec DJ Krush. Rone fait tout de suite redescendre la pression et lâche un morceau très calme, qui s’articule en deux temps. Le temps un avec une rythmique quasi nulle pour un son aquatique reposant mais pas original pour un sou. Puis un temps deux avec une rythmique bien plus marquée qui donne une âme au titre et révèle enfin toute sa force. Mais pour ma part ce morceau arrive trop tôt : dès l’entrée, Rone grille un parfait interlude de milieu d’album.

Rone

Puis c’est la cata’,  la couille dans le pâté. « Mortelle » arrive à mes oreilles avec une impression de  déjà entendu. En effet Rone a lancé il y a quelques semaines le single « Elle » sur Soundcloud. En collaboration avec Bryce Dessner, ce morceau nous avait charmé. Mais pourquoi un changement de nom pour l’album ? Juste au moment où je découvre la réponse, mes oreilles sifflent et ma private joke la plus notoire devient une mauvaise réalité : Étienne Daho et sa voix aussi mélodique et nasillarde qu’un teckel prend place sur ce morceau. Avec sa « verve » pour les rimes riches (entre « pensées impures sur fond d’azur » et « pensées mortelles sur fond de ciel » on tient le gros lot…), l’artiste nous livre des paroles navrantes et tout fout le camp. Je n’arrive plus à entendre la musique. Critique totalement subjective, ce morceau est un vrai calvaire pour moi et je n’arrive pas à m’en remettre. Heureusement, « Sing Song » et « Memory » reprennent le droit chemin et délivre une électro toujours aussi rêveuse et enfantine. Avec des constructions toute neuves, l’artiste se laisse même aller à des rythmique hip-hop. Venant de la techno-minimal, on sent que Rone ne veut pas pas être étiqueté et que l’expérimentation est essentiel pour lui, tout cela pour notre grand plaisir.

Je ferai l’impasse sur « Sir Orfeo », copie conforme du thème des Chariots de feu, avec une Sea Oleena plus que quelconque au chant. Encore un gros dommage dans cet album… Alors comment me réconcilier avec cette galette qui tourne et livre un résultat tellement inégal, mettant en scène des morceaux forts pour tout démolir au suivant ? « Ouija » bien sûr ! Comme quoi, des fois, il suffit d’un rien. Très proche d’un Clark, ce morceau purement IDM, déménage les méninges. Créant un méli-mélo dans le crâne, le titre jouit d’une production magistrale et toujours ce travail sur la scène sonore qui donne le coup de grâce final.

Sans titre-2

Puis c’est la rechute, et ce jusqu’à la fin de l’album : enchainant featuring sur featuring, les cinq derniers morceaux ne proposent qu’un intérêt minime. On pourra éventuellement se mouvoir sur les basses ecclésiastiques de « Freaks », mais le fait d’entendre chanter encore et encore tous ces artistes sur cette musique si innocente, belle et qui se suffit à elle-même, démolit un album et fait perdre toute l’âme musicale de Rone (« Mortelle » et « Quitter la ville » sont les meilleurs exemples).

Déclarant au sujet de Creatures : « Pour ce nouveau disque, mon souhait serait qu’on ne parle pas d’électronique mais de musique tout simplement. Aussi bien géographiquement que musicalement, j’ai collaboré avec des gens d’horizons très différents. Ça m’a permis d’expérimenter avec beaucoup de choses : les cordes, les cuivres, les voix. Et d’apporter davantage de contrastes entre les morceaux » Rone délivre dans cette phrase toutes les faiblesses de cet album. Mais par la richesse d’expérimentation, celui-ci nous prouve aussi son envie de ne pas rester là où on le case… Maladroitement ? Pour moi oui.

Paulo

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