Russian Circles à l’Ancienne Belgique (26/04/2015)

russiancircles_300x666Toujours à la pointe niveau concerts, l’Ancienne Belgique nous a fait l’immense plaisir d’accueillir un groupe culte de la scène post-rock/post-metal en ce dimanche soir pluvieux. Russian Circles vient en effet défendre son dernier album Memorial (sorti il y a déjà deux ans) à travers l’Europe et pour cela, ils ont eu la bonne idée de prendre le groupe Helms Alee avec eux. Retour sur un concert époustouflant.

Ce soir, l’AB s’est mise en version « box », soit la grande salle sans les balcons, recouverts pour l’occasion de grands draps parsemés de petites lumières qui donnent l’impression d’être en plein air, sous une nuit étoilée. Un décor simple mais assez merveilleux qui va se révéler de bon ton pour le reste de la soirée. En effet, quand je rentre dans la salle, pas pleine mais loin d’être vide, Helms Alee a déjà commencé son set. Groupe de rock à tendance post-metal composé d’une batteuse (et quelle batteuse !), d’une bassiste et d’un guitariste, combinaison atypique pour un groupe qui l’est tout autant. En effet, l’originalité des compositions est assez impressionnante, et le fait que chacun d’entre eux chante à un moment ou à un autre appuie ce sentiment d’assister à quelque chose que l’on ne voit que trop rarement. Une véritable symbiose sur scène, et la musique s’en ressent : des montées vertigineuses qui mettent le frisson à un déferlement de guitare soutenue par une batterie explosive, on est toujours étonné de la direction que prend la musique. Toute mince mais nerveuse, Hozoji Margullis tape sur ses futs avec une puissance incroyable et il suffit de l’entendre hurler dans la vide à la fin d’un morceau pour ressentir toute cette force et cette énergie. D’ailleurs la batterie est réellement mise en avant, et ce n’est pas un mal, ayant du mal avec le chant de la bassiste, qui ne sonne pas toujours juste. Et c’est ça que je retiens de ce concert : si je n’ai pas apprécié tous les éléments séparément, qu’ils soient musicaux ou vocaux, le tout est tellement personnel que cela devient un détail qui ne compte même pas. Un grand bravo !

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Avec dix petites minutes d’avance sur l’horaire prévu (et on les remercie, le sorte de larsen qu’ils ont supposé bon de laisser pendant dix bonnes minutes commençant à devenir légèrement irritant), Russian Circles rentre sur scène, et le public bouillonne. Il faut dire que la tension était palpable dans la salle : la foule agglutinée dans les premiers rangs dégageait une rigidité affolante (vous savez, celle insupportable qui fait barrage, même quand on veut seulement aller prendre une bière…) et les hurlements et autres applaudissements vont bon train. Et alors que le trio venu tout droit de Chicago entame son set par « Deficit », deuxième morceau de leur dernier album, les choses deviennent réellement sérieuses : l’ambiance est immédiatement posée et ça ne va pas retomber pendant une heure et demie. Que ce soit les lights, simples spots à l’arrière de la scène qui les enveloppent dans une sorte d’écrin impalpable, ou la musique, qui nous amène dans de lointaines contrées, tout est source d’émerveillement et de laisser aller. Plus rien n’existe, on ne fait qu’un avec les sons, et ceux-ci nous font passer des fonds de mer aux sommets des montagnes. En effet, tout le long du concert j’ai eu la sensation de voyager au travers des éléments et de me faire emporter dans des terrains perdus, berceaux de catastrophes qui ont détruit tout soupçon d’humanité, ou dans un océan de ténèbres. Mais étrangement, c’est une sensation salvatrice qui s’est emparée de moi, et j’ai eu l’impression de revivre à travers les compositions, toujours aussi belles, entre mélodie et lourdeur.

russiancircles_850x300En plus le groupe a tout fait pour ravir ses fans, la setlist piochant allègrement dans toute leur discographie, de « Carpe », extrait de Enter, leur premier disque sorti en 2006, à « 309 », issu de Empros, l’avant-dernier, en passant par la culte « Geneva », de l’album éponyme paru en 2009. La salle tremble de toute part, et on a l’impression de voir sur scène des figures emblématiques, imposantes et stoïques. En tout, neuf morceaux afin de nous tenir dans le creux de leurs mains et impossible de s’échapper. Non pas que l’on en ait envie, loin de là, mais quand on se rend compte à quel point on nous ballade facilement, ça fait réfléchir à deux fois sur l’effet que la musique peut avoir sur l’être humain. Bref, vous l’aurez compris, ce concert m’a retourné le cœur et le cerveau, me faisant passer par une palette d’émotions extrêmement étendue. Du coup, on ne peut même pas reprocher au groupe sa rigueur ou encore sa froideur tant ils nous ont touchés là où il fallait, là où beaucoup de personnes n’iront jamais, car pour cela, il faut savoir faire preuve d’une grande sensibilité. Et c’est là toute la force de ses grands groupes indémodables et indémontables : véritables papes du son, ils nous amènent avec eux dans une messe dont ils ont eux-même été les disciples autrefois. Plus humain, tu meurs.

Un grand merci à Kevin pour l’accréditation et le pass photos, ainsi qu’à toute l’équipe de l’Ancienne Belgique pour ce concert incroyable dont je ne remets toujours pas.

Hélène

Setlist

Deficit // Carpe // 309 // Geneva // 1777 // Station // Mlàdek // Death Rides A Horse // Youngblood

Crédits photos : Elodion

 

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