Sampa The Great à l’Ancienne Belgique (24/11/2019)

sampathegreat_300x666L’album The Return de Sampa The Great, qui revisite presque l’ensemble des musiques noires de ces soixante dernières années, est, je pense, un des cinq disques essentiels de l’année 2019. De nombreux morceaux ont un potentiel tubesque, mais il y a quelque chose de plus, de moins marketé, une histoire personnelle qui résonne aussi dans la musique de la Zambienne aujourd’hui établie en Australie. Dès lors c’était avec une certaine impatience que j’attendais de voir la transposition scénique de cette réussite.

Silent Jay, collaborateur/producteur de Sampa The Great, ouvre la soirée. Quelques beats abstract hip-hop, l’une ou l’autre reprise mollassonne de George Benson ou de Earth Wind and Fire ne décollent pas. La voix est à la fois banale et pas vraiment agréable. Alors même s’il a l’air gentil tout plein, une petite demi-heure suffit amplement à sa prestation.

Grand tissu aux inspirations africaines sur lequel est projeté le nom de la star, trois choristes (deux meufs, un mec), un batteur et Silent Jay aux claviers, ça groove déjà pour accueillir Sampa. Tou.te.s habillé.e.s en costume traditionnel, le pied de micro orné d’un drapeau zambien, les racines africaines sont mises en avant et c’est tant mieux. L’AB club est rempli, le public est chaud. Je sens que mon enthousiasme est partagé et Sampa, toute en blanc, impressionne déjà.

« Freedom », hymne qui porte bien son nom, brasse la soul la plus pure. Les chœurs apportent de l’ampleur au morceau, et il y a la puissance des beats et de la batterie qui donnent déjà la pulsion pour susciter les premières envie de bouger. Suit « Mwana », seul morceau en bemba, langue bantoue de ses origines, et comme Sampa se doute que nous ne maîtrisons pas tout elle nous précise que la chanson parle de ses relations avec sa sœur et que de toute façon la musique est universelle au-delà de la signification même des mots. Et c’est vrai. Nous sommes maintenant chauffés à blanc, prêts à danser sur ce mélange de rythmes africains, de hip-hop west coast et de funk poisseux.

sampathegreat_850x300L’album dans son entièreté est presque passé en revue. À plusieurs reprises je ne peux m’empêcher de penser à The Miseducation de Lauryn Hill (vénérée par Sampa) qui lui aussi sous couverture hip-hop se souvenait de l’ensemble des musiques afro-américaines. Mais Sampa y rajoute encore quelque chose. On sent qu’elle a écouté tout ça, qu’elle adore, mais que ce ne sont pas ses uniques racines, qu’elle vient d’un autre continent, d’un autre monde et qu’elle en est aussi fière. Et qu’il ne faut surtout pas oublier que l’album s’appelle The Return.

La complicité entre les choristes et Sampa est évidente. Les morceaux ont régulièrement une rythmique plus marquée que sur l’album. Parfois, du coup, ils perdent en subtilité ce qu’ils gagnent en efficacité et puissance. Mais on a à peine le temps d’y penser que déjà arrive l’immense « OMG », phénoménal tube hédoniste. C’était le moment que tout le monde attendait pour définitivement se lâcher, se prendre pour des twerkeur.se.s de folie. Sampa descend dans le public et donne l’exemple. Le public hurle sa joie comme c’est rarement le cas dans le froid club de l’AB. Sampa se barre en coulisse. Les choristes scandent son rappel. Cette mise en scène du triomphe font penser au godfather of soul James Brown himself. On se met à rêver qu’en plus des chœurs, succès aidant, elle ait les moyens de se payer une vraie section de cuivres.

« The Final Form », somptueux, endiablé, ses rythmiques de transe, s’envole. Sampa The Great, 1m55 à vue de nez, définitivement n’usurpe pas son nom et pourrait être la révélation des années à venir. En tout cas ça semble le souhait du public qui scande avec ferveur pendant plusieurs minutes un vibrant « one more » qui malheureusement ne sera pas exaucé.

Fripouille

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