Sevdaliza au Botanique (15/02/2018)

27972011_1749734805046904_7504854074047916149_nAu Botanique, c’est rare, et c’est tant mieux, de voir une artiste pouvant prétendre à être la « next big thing », la star internationale qui remplit les stades. Et même si on a encore quelques doutes sur cette capacité commerciale, on vous explique tout dans notre chronique du premier concert bruxellois de Sevdaliza, la néerlandaise d’origine iranienne.

Sold-out depuis des semaines, le concert commence avec une petite vingtaine de minutes de retard. Le claviériste et le batteur lancent les premiers sons d’une sorte d’électro r’n’b futuriste et légèrement déstructurée. C’est froid, précis, ça correspond au mainstream de l’époque, et en même temps c’est un peu plus étrange et particulier.  Cet original mélange de la norme et de l’expérience, déjà présent sur disque, sera constant tout au long des soixante-cinq minutes de spectacle, le mot « spectacle » étant sciemment préféré au mot « concert » tant l’aspect visuel a été lui aussi travaillé.

Dès le premier morceau le micro est habillé par une élégante composition florale. Peu expert sur le sujet, nous ne prononcerons pas sur le nom des fleurs, mais nous avons l’impression qu’il s’agissait déjà d’un premier rappel des origines iraniennes de la chanteuse. Et même si nous ne sommes pas dans la rubrique mode, il va quand même falloir parler chiffons. Soutien de gladiatrice des temps modernes, demi mini-jupe en lanière de cuir beige ouverte entièrement sur une culotte noire, Sevdaliza ressemble à une diva de manga queer S.M. Oui, ça fait beaucoup de qualificatifs dont l’association n’est pas réellement cohérente, mais on veut croire que le brouillage des genres est volontaire.

gabarit_850x300Comme sur disque donc Sevdaliza propose une sorte de r’n’b moderne et audacieux. Et si la structure des morceaux semble de prime abord classique, avec subtilité, sans ostentation, il y a toujours un grain de sable qui vient perturber la mécanique bien huilée. Ça peut être une touche d’électro qui vire au bidouillage ou une mélodie qui orientalise l’urbanité occidentale d’un morceau. On a pensé au début « coquetterie » ou « calcul » mais Svedaliza au fur et a mesure du concert nous a montré à voir une personnalité moins lisse, moins facile à mettre dans des cases qu’on ne le croyait.

D’abord parce qu’on est quand même en présence d’une voix capable de variations impressionnantes. Quand elle interprète une ballade à première vue un peu sirupeuse il y a un truc indéfinissable, une espèce de brisure d’un autre temps, d’un autre lieu (Téhéran ?). Et puis les chansons ne se ressemblent pas. Si elles ont toujours une assise électronique, elles laissent de l’espace au batteur et au claviériste pour montrer leur savoir-faire, la possibilité d’emmener la musique vers d’autres territoires. Et même si tout est cadré, que cela manque de communication entre Sevdaliza et ses musiciens, la capacité d’aventure est toujours au-dessus de la norme de ce type de répertoire.

À la fin, on a l’étrange sensation d’avoir assisté au concert d’une artiste qui va devoir décider si elle va viser les plus grandes salles au risque de perdre sa singularité ou si au contraire elle va renforcer cette dernière pour abandonner les quelques tics de séduction faciles et agaçants qu’elle a parfois pu avoir. Quelques heures après, nous n’avons toujours pas de réponse à cette interrogation.

Fripouille

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