Sham 69 – Tim V au Magasin 4 (18/12/2016)

_c8a2558-copieQuarante ans et encore quelques dents. Sham 69, l’une des principales figures de proue du punk rock britannique de la fin des années 70 était de passage pour un concert au temple bruxellois des musiques alternatives bruyantes. Le punk n’est pas mort, et il est sérieusement temps de s’en réjouir.

Il y a punk rock et punk rock. Pour faire simple, il y a d’un côté celui qu’on va voir au Botanique et au Micro Festival, et de l’autre, celui qui vient faire remuer sa crête au Magasin 4. C’est de celui-ci dont il est question aujourd’hui.

Y a-t-il plus ambivalent que le punk, a fortiori en 2016 ? Vague contestataire et rebelle née dans l’Angleterre thatchérienne,  le mouvement qui s’est toujours revendiqué subversif est aujourd’hui institutionnalisé. A l’instar de ses slogans politiques, le versant musical du punk pulvérise le formatage radiophonique tout en figurant l’un des styles les plus codifiés de toute l’histoire de la musique. On peut légitimement se poser la question : n’est-il pas plus punk de passer à autre chose, plutôt que de ressortir du formol quelques icônes vieilles de plusieurs générations ?

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Pas pour le public du Magasin 4 en tout cas, qui a honoré son rendez-vous que le passé lui a donné dimanche soir dernier. Des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des vestes à clous qui côtoient même quelques costumes-chemises bedonnant qu’on s’amuse à imaginer quelques décennies plus jeunes. Sham 69  signifie visiblement quelque chose pour un panel qui dépasse largement les anars et les skinheads.

Peu après 19h, Nightrider lançait le coup d’envoi. Pour cette récente formation plutôt axée hardcore aux influences métalliques, le punk ce n’est pas pour rigoler, c’est un truc sérieux. Guitare, basse et batterie cavalent sec pendant qu’un barbu costaud visiblement en colère scande de longs textes (en anglais ?) dans des tonalités presqu’aussi graves que son attitude. Sans concession.

164 Speedpunk monte ensuite sur scène pour illustrer la tension que je présentais en début d’article. Vu qu’il n’y a pratiquement aucune info à propos d’eux sur la première page de Google lorsqu’on tape leur nom en guise de mot-clef, on va s’en tenir aux faits observables. Néerlandophones chantant en anglais, ces quatre quadras voire quinquagénaires ont l’allure d’honnêtes pères de famille qui se seraient déguisés avec la panoplie du parfait groupe de streetpunk. Le chanteur enchaine les postures comme une chorégraphie avec un charisme certes désuet mais indéniable.  Dans les oreilles, du punk-rock classique et bien huilé.

Enfin, les Sham 69 débarquent sur un air de musique classique pompeux de Wagner, ou pas loin. En consultant mes notes, je n’arrivais pas très bien à comprendre qui était du line up original. Il faut dire que sur quarante ans, celui-ci a beaucoup évolué, avec de nombreux aller-retour. Ce n’est qu’a posteriori que ma lanterne s’est illuminée : suite à des conflits entre à peu près tous les membres (pour la faire courte) il y a depuis 2011 deux groupes qui tournent avec le nom Sham 69. C’est donc ça.

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Nous avions donc face à nous la version Tim V, du nom du « nouveau chanteur » qui avait été recruté en 2001 pour remplacer un Jimmy Pursey ingérable. Mais depuis lors, ce dernier avait réuni les autres membres originaux, à l’exception de Neil Harris, qui devait logiquement tenir la guitare dimanche soir. Ce qui n’était visiblement pas le cas, ou alors le gars a bu un élixir de jeunesse.

Étions-nous pour autant face à des imposteurs ? Définitivement non. Bien au-delà des personnalités, et même de la musique, dans le punk c’est l’esprit qui importe. Celui-ci était bien présent, qu’il soit incarné par Pierre, Paul ou Jacques. Une chanson punk existe pour ceux qui veulent l’écouter et la vivre, pas pour ses interprètes. Cette « version » de Sham 69, sans doute nettement plus « guitare » que celle d’origine, n’était pas là simplement pour faire revivre quelques fantômes du passé, mais bien pour convoquer au présent des chants intemporels qui s’adressent à toutes les générations. C’est ce que l’on a ressenti pendant toute la prestation, de « I don’t wanna » à « Ulster boy » en passant par « Angels with dirty faces. » Et, bien entendu, lors du final « If the kids are united. » Final prévisible pour un show sans surprise, mais si c’est pour la nouveauté permanente que vous écoutez du punk-rock, vous avez encore pas mal de choses à apprendre.

Maxime Verbesselt

Crédits photos : Élodie Drion

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