Siboy aux Nuits Botanique (26/04/2018)

nuitsbota2018_300x666Argent sale, guedro et grosse trap-music disait l’annonce du Botanique pour les concerts de Siboy, Loud et Lord Gasmique. Retour sur des impressions contrastées de ces trois rappeurs finalement fort différents. Questionnement aussi sur la pertinence de leur ordre de passage.

J’arrive à 20h pétantes dans l’Orangerie avec une très belle affluence pour le concert inaugural d’une soirée qui en compte trois. Les premiers rangs sont bien installés comme s’ils étaient là depuis l’ouverture de la salle. Loud, le rappeur montréalais, débarque, accompagné aux machines et aux backings vocaux du producteur de ses sons. Belle gueule de mec cool un peu drogué mais pas trop, charisme; on sent l’expérience et l’aisance de nombreuses scènes, le show déjà bien rodé. Punchlines franglaises, rythmiques lourdes et efficaces légèrement old school, un peu dans l’air du temps, flow chaloupé naturellement par l’accent, on comprend le succès grandissant à toute vitesse. Une grande partie du public n’est pas là pour regarder distraitement une première partie mais considère que la vraie star de la soirée est devant eux. Instantanément à la fin du set la salle se vide et l’on constatera qu’elle ne sera jamais plus remplie que pour le concert de Loud et qu’il était pour le moins étrange de commencer par lui.

Lui succède Lord Gasmique, le jeune rappeur bruxellois qui à travers ses freestyles et l’adoubement des ainés (Hamza, Damso, Roméo Elvis,…) est présenté comme la nouvelle huitième merveille du hip-hop. Évidemment il ne s’agit pas d’un statut facile à assumer et à gérer. Empli d’assurance et de morgue, il ne cache pas sa déception de la désertion qui a succédé au concert de Loud. il est à Bruxelles, il semble estimer qu’il est en terrain conquis et harangue avec véhémence la foule (le nombre de « bordel de merde » aurait dû être compté). L’arrogance fait partie du rap game, le problème est d’en surjouer ainsi quand rien ne suit derrière. La voix impressionnante dans les vidéos paraît ici toujours poussée et peu naturelle, les platines vinyles sont là pour le décor et ne sont quasiment pas utilisées et les instrus sont banals, les lyrics reprennent tous les clichés du genre sans qu’il y ait la moindre punchline digne d’intérêt. Et quand les potes sont invités à monter sur scène il s’agit bien moins de générosité qu’une façon encore de se faire louer. Ça renforce encore la sensation aussi d’avoir assisté à un concert qui n’était pas prêt pour être intercalé entre Loud et Siboy, que l’inévitable comparaison n’allait pouvoir être que cruelle.

siboy_850x300Siboy parlons-en. L’autre protégé de Booba accompagné d’un backer et d’un batteur (la rumeur dit que ce serait le batteur de Lofofora) tous deux aussi cagoulés que lui. Et directement, ça envoie du lourd, du sale. Siboy en impose, le personnage joué est moins univoque qu’il ne paraît de prime abord. Il aime jouer au dur, les textes sont crus, violents, mais il y a aussi de l’auto-dérision, de la remise en question, notamment quand il admet en le regrettant presque qu’il n’est « bon qu’à faire du sale » (paroles de « BQC », chanson confession sans effet de style). Mais cet aspect de sa personnalité ne doit pas occulter que Siboy est avant tout un super entertainer, la plupart de ses instrus sont de super machines à danser, l’afro trap proposée est super efficace, on a envie de bouger presque malgré soi et on oublie parfois la faiblesse ou la misogynie facile de certaines paroles. Puis les mecs sur scène se donnent, transpirent, font le job et Siboy a quand même un flow assez impressionnant.

En sortant de l’Orangerie, un peu sur les rotules, on est content de la soirée. Loud a confirmé, Siboy que je connaissais très superficiellement m’a très favorablement surpris et même si ça m’a énervé par moments je ne mettrai pas longtemps à oublier Lord Gasmique.

Fripouille

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