Sleep à l’Ancienne Belgique (27/05/2018)

sleep-the-sciences-1Les oracles savaient ce qu’il allait se passer en ce jour dominical de fin mai. Ils ont envoyés un temps étouffant à souhait, comme si nous n’allions pas avoir assez de lourdeur ce soir à l’Ancienne Belgique. Oui, quoi de plus lourd musicalement que le pilier du stoner,  Sleep ?

Voilà bien longtemps que je n’avais pas foulé le sol de la fameuse Ancienne Belgique, malgré la bonne programmation qu’elle peut nous proposer, et qui plus est salle ô combien réputée pour sa qualité de son irréprochable. Arrivée vers 20h, j’entre dans le brouhaha que cause, entre autre, Mental DJ. Ses choix de chansons sont assez douteux quant à sa connaissance du milieu et on dirait qu’une autre playlist se joue en même temps. Je vais me ruiner pour acheter des jetons, (2,70€ le jeton pour une 25cl, je n’arrive même pas calculer le prix de ma 50cl), et fais la file vers le bar sombre. La lumière ambiante rouge brûle mon cerveau déjà accablé par les trente degrés de dehors. Les métalleux de tous genres sont en souffrance. Obligés de mettre des jeans noirs, sa veste à patchs et son t-shirt de groupe par cette chaleur, c’est peu supportable. Leur odeur aussi, du coup. Fort heureusement, dans la salle, des ventilateurs ont été prévu pour évacuer les relents de vestiaire de sport et de marie-jeanne. Il est 20h15, les lumières sont toujours allumées, mais l’embarquement a commencé : des astronautes discutent à travers le mur de baffles de leurs derniers préparatifs avant le décollage.

Les gens rentrent à leur aise tandis que le trio californien débarque sur la scène. Formé dans les années 90, le groupe de potes fumeur de petch’ est vite devenu un pilier du stoner, avec notamment le classique Holy Mountain, ou le fameux Jerusalem, suivi et complété par Dopesmoker, à l’unique piste de près d’une heure. Ils ont dernièrement surpris tout le monde en sortant un nouvel album vingt ans après le précédent, il y a un mois (le 4/20, ou la journée internationale des fumeurs de weed, cela va sans dire), sans que le projet ait fuité. The Sciences, donc, c’est bien du Sleep tout craché : une ode à la beuh, et Black Sabbath comme principale référence. Ce qui a changé, c’est l’expérience de chaque musicien : Al Cineros s’est envolé mystiquement avec Om, Matt Pike s’éclate avec High On Fire, et Jason Roeder, intégré dans le vaisseau depuis 2010, s’amuse avec Neurosis depuis toujours. Dans les nouvelles chansons, le chant monotone et hypnotique à la Om, les riffs répétitifs et les solos interminables mais réfléchis et subtils accompagnés d’un jeu de batterie rythmé impeccable permettent de s’installer dans un état méditatif jouissif et bien gras.

sleepp_850x300Après avoir débuté ce soir avec les deux premières chansons du dernier album, « The Sciences » et « Marijuanaut’s Theme », des anciennes chansons (« Holy Mountain » et « The Clarity »)  résonnent dans toutes les têtes qui ne peuvent s’empêcher de se balancer tant le rythme est monstrueux. La salle enfumée de vous-savez-quoi est pleine d’un son qui laisse à désirer mais qui s’est perfectionné au fur et à mesure du concert. Tout le monde est content : du hipster métal aux vieux de la vieille en passant par les kets découvrant le genre. Le trio de quarantenaires passe la salle au rouleau compresseur. La musique est si fluide qu’on en oublierait presque que des gens ont créé ça et qu’ils sont en train de la jouer sous nos yeux. C’est méditatif. Malheureusement le trip est interrompu entre chaque chanson par d’assez longues pauses où tout le monde en profite pour taper le bout de gras (expression du ch’nord qui se prête bien pour l’occasion, signifiant « bavarder »). D’ailleurs, après « Sonic Titan », un break de dix minutes s’impose à notre voyage. Curieux, mais pratique afin de faire la vidange mais aussi le plein, histoire d’être tranquille pour les trois prochains quarts d’heure.

Après ça, grosse reprise avec « Aquarian ». On est direct remis dedans. Impossible de ne pas balancer la tête, c’en devient carrément difficile de boire dans son gobelet. Sleep, c’est un volcan qui va exploser. Ça gronde, c’est lourd, c’est chaud, c’est destructeur. Une belle preuve qu’il ne faut pas du 170bpm pour être puissant. Il faut souligner l’absence d’artifice du groupe : ils montent sur scène, saluent la foule, prennent leurs instruments et nous envoient un truc phénoménal, sans projection, sans effet spécial, sans décor artificiel, sans même le logo inscrit quelque part. Il n’y a comme décor que le mur d’amplis. Et pourtant, c’est une fameuse expédition. Les plus célèbres notes, celles de « Dragonaut », retentissent. C’est l’orgasme dans le public en feu – à sa manière. L’heure de la descente a sonné. On hurle après les trois américains pour qu’ils nous offrent une dernière dose.

Tout le monde repart lentement, la tête lourde, mais l’esprit léger, encore tout à fait dans les étoiles de la planète Sleep, une belle planète aux forêts de chanvre luxuriantes et aux volcans grondant mais où rien ne presse.

Clr Brg

Setlist

The Sciences // Marijuanaut’s Theme // Holy Mountain // The Clarity // Sonic Titan // BREAK // Aquarian // Antartcticans Thawed // The Botanist // Dragonaut // + // Dopesmoker

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