Soldout à l’Ancienne Belgique (11/12/2018)

48360119_299397407352984_351072172963266560_nVoilà, c’est fini. Soldout, après une quinzaine d’années d’existence, a tiré sa révérence. Retour sur cette soirée soldout (on peut, Charlotte nous a enfin autorisé à la faire) entre joie et petite pointe de nostalgie.

C’est au DJ DC Salas que revenait la lourde tâche d’ouvrir. Son électro dansante pour toute efficace qu’elle soit a eu grand peine à captiver un auditoire qui arrivait, tant peu de monde était là pour lui. Il en était bien conscient, il le comprenait même parfaitement. Il a déclaré à plusieurs reprises tout son respect pour Soldout, disant même qu’un de leurs concerts vu à 14/15 ans était certainement une des origines de sa vocation. J’essaierai de le voir dans des conditions plus propices pour un vrai jugement. En attendant, passons immédiatement au plat de résistance.

On sait que c’est le dernier concert de Soldout, on a réécouté ces derniers jours les albums du duo bruxellois. On s’est dit à plusieurs reprises qu’il n’y avait vraiment que très peu de faiblesses dans l’ensemble. On ressent presque une forme d’appréhension du coup, à ce que la fin soit un tout petit mieux moins bien que l’ensemble.

Ils arrivent sur scène, pile à l’heure. Le son est parfait, ils sont souriants. Ils sont contents d’être là. Ça se voit. Ils attaquent avec quelques morceaux de Forever, le dernier album. Une chose m’avait frappée en replongeant dans l’histoire du groupe, c’est qu’ils ont sous-exploité le nombre de singles qu’ils auraient pu sortir. Le nombre de chansons qui auraient pu être des tubes m’a surpris. Ils le sous-entendent en interview, ils ont peut-être raté quelques opportunités par manque d’opportunisme, c’est tout à leur honneur.

J’ai vu Soldout sur scène cinq fois à différentes périodes de leur existence. Parfois j’ai trouvé qu’il se dégageait une regrettable froideur de leurs prestations, mais aujourd’hui, il ne pourrait plus être question de ça. Charlotte est une frontwoman qui danse, qui rit, qui blague. Et ça fait du bien de voir que là-dessus, il y a aussi eu une douce évolution. Puis qu’est-ce qu’elle chante bien aussi. Comme elle fait de la musique électronique, on a parfois eu tendance à négliger ce qui n’est vraiment pas un détail.

« I Can’t Wait » fait encore monter d’un cran le truc. Ça danse dans le public, on sent qu’on vit un moment particulier. Puis arrive le moment de « I Don’t Want To Have Sex With You ». Le morceau quinze après est toujours d’une classe dingue. On peut mettre plein de choses modernes dans ce slogan. Et d’ailleurs, s’il y a bien une chose qui frappe, c’est à quel point Soldout reste encore pertinent en 2018. Trop jeunes pour avoir des héritiers, ils ont déjà une place de grand frère, de grande sœur bienveillant.e.

48372882_505093703309983_2809170187977228288_nArrive l’heure des invités. On savait qu’il y en aurait, mais les noms n’étaient pas révélés et tant mieux. Et c’est donc une petite surprise de voir débarquer John Stargasm de Ghinzu pour une prestation survitaminée qui fait tomber leds et autres pieds de micro. Charlotte et David (et aussi Frank le batteur de tournée) suivent sans problème. Une première fois on se dit que ça pourrait être une direction pour le futur, un truc vraiment rock.

Quand Richard 23 de Front 242 monte sur scène, on se dit qu’il doit y avoir une sacrée ambiance dans les loges, tellement lui aussi semble monté sur ressort. Mais encore une fois, il y a cohésion dans la déraison. Et le son se fait plus dur que jamais, comme si Soldout livrait son premier morceau de Body Music.

Tout à fait différente est l’ambiance quand ils sont rejoints par Lionel des Girls In Hawaï. Je n’ai jamais été sensible à la pop des gars de Braine l’Alleud, mais ici la version quasi acoustique de « I Don’t Want To Have Sex With You » est belle dans son épuration. Comme si cette chanson, à l’image de beaucoup de grands morceaux, pouvait résister à tous les traitements.

Ce sera le dernier invité de la soirée. La version de « Wasabi » est trippante à souhait, on est dans leur Japon, mais aussi ailleurs, plus loin. Charlotte s’offre un rare bain de foule avant le rappel, elle s’en amuse. Je ne suis pas archiviste du duo mais j’ai l’impression qu’il n’a pas dû lui arriver souvent de faire deux morceaux au milieu du public. Mais c’est la dernière fois, elle le sait, alors elle fait ce qu’elle n’a peut-être jamais osé, voulu. Une dernière fois peut également être l’occasion d’une première fois.

Un dernier rappel avec « The Flow », le dernier morceau produit par le duo. Treize dernières minutes qui sonnent comme un résumé classieux de leur carrière toute entière. Condensé de toutes les inspirations du duo, on y retrouve l’intelligence, l’intégrité, la palette des émotions de Soldout. Et quand ils saluent avec toute leur équipe, on veut que ce ne soit qu’un au revoir, qu’ils reviennent sous un autre nom, mais que jamais ils n’abandonnent la musique. Et on a envie de les remercier pour cette soirée qui a été toute à leur image, honnête et digne.

Fripouille aka Laurent Godichaux

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