Space XXX à l’Hectolitre (22-24/01/2019)

51226001_1101124940090445_5370019656255930368_nIl faut parfois prendre le temps de ne pas avoir le temps. La mort arrive beaucoup trop vite, et avant elle, il y a les bébés, le cancer, l’exploration spatiale, la musique, et l’art, qui tente de représenter tout ça sous une forme qui pourrait lui donner du sens. Pari très risqué puisque, à chaque fois, le grand chaos tumultueux qu’est la mort vient raser tout ça d’un coup de balayette.

Certains, certaines devraient-je dire, y croient néanmoins. Elles cherchent à solidifier des concepts et placer ce grand vide qu’est le cosmos dans un espace concret où l’on peut déambuler, verre à la main et vers en tête, comme un poète instruit qui se perdrait dans un univers hipsterisé. Ces esprits créatifs, ce sont Romane Gérard et Gabrielle Lerch.

Dans la vision de ces créatures terrestres, le temps peut se matérialiser en réunissant une brochette d’artistes inspiré.e.s pour explorer la temporalité spatiale et le sexe avec les extraterrestres. Pour ce faire, quoi de mieux que l’espace Hectolitre, ancien club échangiste dont les façades multicolores évoquent les facéties d’autrefois ? Les bisous bizarres des baises bannies ont été bazardés pour de beaux arts brumeux, et le résultat est plutôt surprenant.

L’endroit lui-même est déjà une sortie hors du temps. S’y promener, c’est plonger dans un espace à part, affrété pour interroger les frictions dimensionnelles. Une station spatiale qui prend deux minutes pour faire le tour de la terre devient un objet de contemplation : chaque jour terrestre qui fuit, ses activités sont annotées et apposées sur le papier, se transformant en un papyrus où ont été couchés les secrets du temps qui file. Deux minutes pour faire le tour de la terre, ça signifie qu’une journée est remplie de 720 jours dans cette cabine exiguë qui a fenêtre sur le vide interminable de l’univers. Multiplié par 365 jours, ça fait 262 800 jours, qui peuvent être absorbés en quelques heures. De quoi rendre le temps et l’espace encore plus modulables.

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Un peu plus loin, des roches en suspension rappellent ces météores que les sondes Rosetta et New Horizon ont croisé dans leurs voyages vers le bout de l’univers. On frôle Ultima Thule, on traverse les grandes nappes de gaz alcoolisés, on glisse sur des anneaux de satellites rocheux et on pénètre dans le grand infini où glissent des milliards de lumières en mouvement. Apparaît alors un ballet cosmique dont la tension cyclopéenne d’un pole-dance de 45 minutes évoque les grands rouages des multivers, danse qui s’achèvera sous la menace d’une flèche au bout d’un arc. À nouveau, l’expression du temps qui file comme une comète avec la queue en feu.

Dans ce foyer des perditions, performances et installations se côtoyaient avec grâce, emberlificotées quelques fois par les rires grassouillets d’individus prostrés devant des vidéos de prolapsus ou devisant sur la nature intrinsèque et phallique du kebab. L’Hectolitre était soudain un espace empli de bizarreries chargées d’un voyeurisme sur du sexe d’un autre temps. Et c’est de la sorte que l’exposition Space XXX a réussi à répondre à la question posée par son propre titre.

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