Strange Days de Kathryn Bigelow (1995)

Strange DaysDimanche 8 janvier 2017, tandis qu’une tisane à la main, je me remets doucement des émotions et mulsions de ce week-end, mes yeux s’égarent vers ma dévédétèque (que j’ai fournie !). Si mon cœur penche tout d’abord vers une comédie bien grasse ou un gros B d’horreur tout léger, c’est en apercevant Strange Days que mes pupilles entrent en mydriase. « Tiens ! Un bon thriller S.F. parano! C’était pas mal ce truc à l’époque si je me souviens bien! » m’écriais-je tandis que mes doigts fébriles (pas tant d’excitation que des restes du week-end…) inséraient déjà la galette dans le (cher) lecteur.

En 1995 sort Strange Days qui, sur base d’une histoire de James Cameron (Terminator, Aliens, Titanic et quelques sous-marins…), et d’un scénario de ce dernier et Jay Cocks (oscarisé pour Gangs of New York), dépeint deux jours avant le réveillon de l’an 2000 un Los Angeles pré-apocalyptique déchiré par la violence et les tensions entre Afro-Américains et forces de police. Dans ce paysage, Lenny Nero (Ralph Fiennes) – ancien flic à la brigade des mœurs reconverti en dealer d’enregistrements SQUID, des minidisques illégaux permettant de revivre avec toutes les sensations qui s’y raccordent, des séquences de vie de la personne l’ayant enregistré – reçoit un disque montrant le viol et le meurtre d’une amie prostituée. Accompagné de Mace (Angela Basset) – chauffeuse de taxi et garde du corps – et de Max (Tom Sizemore) – ancien collègue devenu homme de main -, il va tenter d’élucider le meurtre tout en essayant de récupérer son ancien amour Faith (Juliette Lewis) des griffes de Philo Gant (Michael Wincott), producteur violent et paranoïaque.

Lenny et Mace

Lenny et Mace

C’est James Cameron qui fera cadeau du scénario à son ex-épouse Kathryn Bigelow (oscarisée pour Démineurs en 2009) qui, forte du succès de Point Break en 1991, parvient à débloquer un budget de 42 millions de dollars auprès de la « Fox » afin de réaliser ce « whodunnit » cyberpunk sale et violent. Devenu relativement culte par la suite, le film se plante méchamment au box-office lors de sa sortie, rapportant un peu moins de 8 millions, soit même pas un cinquième de son coût. Les raisons de cet échec? Si elles sont sans doutes multiples, deux s’imposent. Premièrement, le film sort avec un classement « Rated R » (Restricted, soit interdit aux moins de dix-sept ans non accompagnés) ce qui en limite fortement l’audience; pour cause, des scènes de nudité, de violence graphique ultra brutale et une scène de viol en vision subjective absolument tétanisante. La deuxième raison est que, contrairement à d’autres films de science fiction des nineties – soit gros actionners bourrins, soit films hyper patriotiques – l’image des États-Unis décrite dans Strange Days est sombre, pessimiste (si la violence dans les rues fait inévitablement penser à Robocop, son approche est bien plus réaliste) et sans doute située dans un futur bien trop proche dans le temps que pour être accepté par un public américain qui n’aime pas avoir la tête plongée dans son caca.

Faith et Philo

Faith et Philo

Alors non, ce n’est pas arrivé près de Bruxelles, le film a plus de vingt ans et n’a donc à priori que peu de raison de se trouver ici, mais je vous en parle quand même et ce pour deux raisons. Avant tout, je fais ce que je veux. Ensuite, si le petit bijou de Bigelow a plutôt bien vieilli, ses thèmes prennent tout à fait leur sens dans le contexte technologique et politique actuel. Il est en effet difficile de ne pas faire de lien entre les « SQUID’S »et l’Oculus Rift et autres supports pour smartphones. Cette fascination/addiction pour ces substituts de réalité font d’ailleurs fort penser à Philip K. Dick dont l’ombre plane sur le métrage du début à la fin. D’autre part, les tensions entre forces de l' »ordre » et Afro-Américains du film font forcément écho dans les « bavures » de ces dernières années et les mouvements qu’ils ont engendrés. Le rappeur et activiste politique Jeriko One, sorte de Malcolm X gangsta (dont la performance musicale ferait passer Kanye West pour Aesop Rock, mais c’est un détail…) retrouvé assassiné au début du film, symbolise une communauté noire depuis longtemps exploitée et rabaissée. Il est également intéressant de constater que le héro interprété par Ralph Fiennes sous ses abords peu attrayants de dealer au redoutable bagou, s’avère au final un personnage non-violent tentant par tous les moyens possibles d’éviter la confrontation. Fait intéressant dans le contexte des films d’action de l’époque.

Lenny Nero

Lenny Nero

Si le film comprend malgré tout son lot de défauts tels qu’une intrigue parfois trop riche, quelques vannes mal placées, des tics inhérents au cinéma d’action des années 90 et des intrigues parallèles alourdissant parfois le propos, Kathryn Bigelow signe ici un polar SF bien trop sous-estimé et qui mérite d’être vu ou revu à l’instar de son onirique « Aux frontières de l’aube » de 1987.

Bisous

Major Fail

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