Temples au Botanique (18/04/2017)

temples« Don’t believe the hype », nous mettait paradoxalement en garde Alex Turner en 2004.
Il y a maintenant trois ans, la presse proclamait unanimement en chœur avec Noel Gallagher et Johnny Marr que Temples était le nouveau meilleur groupe britannique du monde –oui, oui. Alors nous, forcément, après qu’on nous ait fait le coup de The Vaccines, on se méfiait.
Aujourd’hui, je peux affirmer que la bande de James Edward Bagshaw est loin d’être overrated as fuck, comme ils disent au pays des jellies aux flageolets. 

Plutôt que d’avouer les avoir loupé lorsqu’ils faisaient le bourdonnement (comme ils disent au pays de Squeezie), on va dire qu’on attendait le deuxième disque pour aller juger sur pièce de quoi il en retourne de ce groupe-de-revival-psychédélique#748. J’ai beau être un adorateur sans fin et sans faim de ce style, je ne parvenais pas à définir ce qui scotchait tout le monde –bibi y compris- dans Sun Structures, leur premier album.
Pas vraiment d’originalité attrayante, une voix agréable mais très commune, pas grand-chose de novateur dans les arrangements ou les instrumentations. L’évidence est apparue  après plusieurs écoutes : les mélodies, éclatantes, qui portent chaque chanson et autour desquelles se construit le reste de façon impeccable.
Tous les titres se suivent et se ressemblent un petit peu, et pourtant chacun reste immédiatement accroché à l’oreille.

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Alors, certes, Volcano, sorti il y a quelques semaines, est un (tout) petit peu moins bon, en troquant un (tout) petit peu trop souvent les guitares pour des synthés, mais on ne va pas chicaner : ce sera sûrement un des albums à retenir cette année, ne serait-ce que pour une série de singles imparables, comme on dit dans le métier. Soit, on est là pour parler du concert de toute façon.

Cela faisait un petit temps que je n’avais pas eu l’occasion de chroniquer une première partie. C’est corrigé grâce aux sympatoches Creatures. Le « oche » est important, car le groupe –dont je n’ai retrouvé aucune info sur la première page des résultats de recherche Google- semble tout droit sorti d’une foire au boudin de bison de Huntvill-Spring-sur-Cheerokee-Valley.
Look de cowboys endimanché, le chanteur a un petit air de Brooks Nielsen des Growlers et sert une soupe pop-folk-rock que ces derniers ne renieraient pas. Avec ce je ne sais quoi de folie qui manque pour réellement nous toucher, comme s’ils freinaient gentiment leurs ambitions pour rester dans les clous des groupes bien élevés. L’aisance avec laquelle ils égrènent leurs balades ronronnantes laisse entrevoir un potentiel nettement plus hardi ; dommage qu’ils collent aussi scolairement aux petits personnages qu’ils se sont créés.

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21 heures pétantes, Temples déboule devant une orangerie pleine à craquer et entame son concert avec un « All join in » et son intro de space opera.
Il y a des guitares 12-cordes et des vieux synthés analogiques : nous sommes à la bonne adresse. Dès le premier refrain haut-perché, la voix de Bagshaw démontre que, sans être mémorable, elle assure bien son taf avec justesse et puissance. Les chœurs s’en tirent avec brio sans prendre trop de place.
Le ressenti est agréablement proche du son studio. Il y a quelque chose de rafraichissant qui rappelle le premier Tame Impala. C’est chaleureux et granuleux sans déraper vers la solution facile du lo-fi. Seul bémol : la batterie qui colle à la production du dernier disque. C’est un peu mou en comparaison de leurs premiers enregistrements, où chaque coup de caisse claire ou de tom résonnait d’une puissance sourde. Cela laisse néanmoins beaucoup de place pour les instruments, qui chatoient dans toutes les directions. On peut ainsi profiter au maximum des nuances dans les textures quand les musiciens alternent parfois plusieurs fois par chanson entre guitare, basse et clavier.
Oui, on peut véritablement parler d’orgie sonore sous contrôle pour les amateurs des plans psychés 60’s façon 70’s.  Le summum sera –à mon sens- le très cinématographique « I wanna be your mirror » et ses flûtes synthétiques.

Un certain manque d’audace nous empêche de mettre 4,5 étoiles au set, le show semblant trop bien huilé pour être vraiment rock’n’roll. Si on veut pinailler, on déplorera également l’absence remarquable de « The Golden Throne », pourtant pièce maîtresse du premier disque, ou du très morrisonnien « The Guesser », qui aurait pu remplacer les quelques titres un peu plus plats (oui « How would you like to go », c’est toi que je regarde.) Un manque d’audace, peut-être, mais sûrement pas de panache pour ces petits génies à qui on souhaite une carrière aussi brillante que leurs prémices.

Maxime Verbesselt

Setlist

All Join In // Colours to Life // Roman God Like Man // Sun Structures // Certainty // (I Want to Be Your) Mirror // Keep in the Dark // Move With the Season // Mystery of Pop // How Would You Like to Go? // Open Air // Mesmerise // Strange Or Be Forgotten // A Question Isn’t Answered // Shelter Song

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