Terreur Sainte – Frank Miller (2012)

holy terror headerSi Frank Miller est considéré comme un génie, avec à son actif des œuvres tels que Sin City ou Batman: Year One, certaines de ses publications sont sujettes à controverse. Retour sur celle qui a sans doute le plus défrayée la chronique ses dernières années, Terreur Sainte.

C’est durant la finalisation de The Dark Knight Strikes Again, que Frank Miller va être témoin des attentats du 11 septembre 2001. Comme le monde entier, il est profondément choqué et va alors se découvrir un côté patriotique que l’on ne lui connaissait pas. Continuant d’écrire, il débute en 2005 la publication du fameux All Star Batman & Robin, The Boy Wonder (avec Jim Lee aux dessins) mais annonce à la surprise générale durant la WonderCon de San Francisco en 2006, débuter l’écriture d’une nouvelle aventure du chevalier noir. Définissant clairement le projet comme une pièce de propagande, il rappelle qu’à une époque on pouvait voir Captain America et Superman frapper Hitler, et ne voyait donc aucune raison que Batman ne puisse pas s’en prendre à Al-Qaïda. Le comic Holy Terror, Batman ! est alors en marche.

Cependant au cours de sa conception et des cinq ans d’incubation de son projet, l’auteur va choisir de se séparer de la chauve-souris en créant un nouveau héros, l’Arrangeur (the Fixer en anglais) dans la ville d’Empire City. DC Comics n’est donc plus de la partie et c’est la fraichement créée maison d’édition Legendary Comics (division de Legendary Pictures) qui va se charger de la publication. Le titre est logiquement ramené à Holy Terror, et simplement traduit plus tard dans la langue de Molière en Terreur Sainte.

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L’histoire s’ouvre sur la Chat-Pardeuse sautant de toit en toit pour tenter d’échapper à l’Arrangeur. Finalement rattrapée par celui-ci, ils vont être les témoins de l’arrivée de la guerre sainte dans leur ville. Mise à feu et à sang par des attentats imputés aux islamistes, les protagonistes vont s’unir dans une lutte sans merci pour protéger la cité des intégristes religieux, et ce quel qu’en soit le prix.

Traduisant les peurs d’une certaine Amérique, l’auteur se lâche, mais peut être un peu trop… En effet, entre l’apologie de la torture pratiquée par le héros, et la confusion récurrente entre terroristes et musulmans, cela donne une impression malsaine à ce graphic novel. Rien que la phrase d’ouverture « Si tu croises l’Infidèle, Tue l’Infidèle. » signée Mahomet vous met un coup. Alors ajoutez à cela l’ex-agent du Mossad avec une étoile de David peinte sur la tête et les multiples raccourcis pris par l’auteur, cela est certes de la propagande, mais d’un goût douteux.

Si Frank Miller est connu pour ses scénarios pleins de violence, il est également reconnu pour son coup de crayon et ses dessins particuliers. Je dois l’avouer, j’ai personnellement un peu souffert lors de mes premières lectures de ses œuvres, mais Sin City m’avait définitivement rallié à son art. Dans ce Terreur Sainte, les traits de l’auteur sont inégaux avec des coups de pinceaux majestueux créant des atmosphères magnifiques, mais également des scènes d’actions brouillonnes à la limite du compréhensible. Si les visages dessinés par l’auteur sont bien souvent mis en avant par les fans, ils sont ici d’après moi le point faible de ce comic en vous faisant un peu décrocher de l’histoire. Cependant son affranchissement de la mise en page habituelle lui permet une liberté totale, nous offrant ainsi de très belles pages.

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Alors que Legendary Comics avait sauté sur l’opportunité de publier cet ouvrage, c’est Delcourt qui, en 2012, l’avait traduit et sorti en français. Pas grand chose à dire sur cette édition qui ne comporte aucun bonus, tout comme l’édition américaine.

On a l’impression de retrouver dans Terreur Sainte bien des éléments appartenant aux autres œuvres de l’auteur. Entre la Chat-Pardeuse et l’Arrangeur, version altérée de Catwoman et Batman, le noir et blanc avec ses quelques incrustations de couleurs, aperçu dans Sin City, et le format tout en largeur que l’auteur avait utilisé pour 300, on a devant les yeux ce qui aurait pu être le nouveau chef d’œuvre de Frank Miller. Mais on sent que l’artiste n’a pas su totalement se détacher des personnages de DC Comics et les incrustations de couleurs perdent bien des fois leur sens. Ajoutez à cela un scénario qui est ce qu’il est, on ne peut qu’être déçu à la clôture de ce graphic novel… J’irai même jusqu’à dire qu’il s’agit là d’une profonde déception et que le déclin entrevu depuis quelques années sur le travail de Frank Miller prend malheureusement ici toute son ampleur.

Attention certaines incrustations de couleur sont absentes de cette preview.
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