The Cinematic Orchestra à l’Ancienne Belgique (13/03/2019)

Cinematic orchestra tourAprès un superbe mois de février, la tristesse du mois de mars nous cloue sous la couette d’où l’on s’époumone à tenter de chasser cette chape de nuages tristement immobile au-dessus de Bruxelles. Mais joie et allégresse, une belle éclaircie prévue par l’Ancienne Belgique annonce la venue de The Cinematic Orchestra le 13 mars. Le sextet, resté dans  l’ombre pendant plus de dix fucking années, propose enfin un nouvel opus, To Believe (le tout est d’y croire). Cette soirée est marquée d’une exception puisque nous aurons le privilège d’assister à la première représentation live de la nouvelle tournée de l’album qui ne sortira que deux jours plus tard. Cependant, je me rends à l’AB avec un apriori concernant les trois morceaux sortis quelques semaines auparavant qui ne m’ont pas tout à fait convaincue de par leur composition fort mélancolique. Je sais cependant qu’il ne me faudra pas grand chose pour me convaincre. Le live reste le live, l’expérience et le talent du groupe ne sont plus à prouver; allons et voyons !

Comme pour mettre les petits plats dans les grands, deux premières parties  sont prévues avec PBDY  et Salami Rose Joe Louis, venus tout droit de Californie. PBDY (Paul Preston) fait preuve de peu de finesse derrière ses platines. Salami Rose Joe Louis (Lindsey Olsen) nous plonge dans une ambiance lo-fi à la Cocorosie. La salle est relativement vide, la colle ne prend pas. C’est le moment bière – clope !

21h, c’est l’heure. On joue des coudes pour se faire une bonne place dans une AB comble. L’excitation monte. Le sextet apparaît sous une ovation. Sur scène, tout le monde est là, et à eux six s’ajoutent le guitariste folk Grey Reverend (« First Fire » de Bonobo) et la chanteuse Tawiah, qui collaborent sur les nouvelles tracks  « Zero One/ This Fantasy » et « Wait For Now/Leave The World ».  Pas mes préférées…  ‘A Caged Bird/ Imitations of Life’ reste celle qui m’aura le plus marqué; elle propose une belle composition avec la voix et le rythme de Roots Manuva qui a interprété, entre autres, la magnifique « All Things to All Men ».

Ma méfiance s’écroule aux premières notes de saxo de « A Man With a Movie Camera ». Frissons, merveille, c’est parti pour dix minutes de pur bonheur ! Le son est incroyable, les réverb’ te collent dans le fond de l’oreille. Amour ! Le plaisir continue avec « Flite ». L’excellence du batteur, accompagné de l’ensemble, prend notre cerveau, le place délicatement dans un shaker et nous sert un délicieux cocktail jazz-nu. La salle est unanime, portée par un même souffle. S’avance alors sur la scène Taiwah, chanteuse soliste de la tournée qui remplace donc le monstre sacré Fontella Bass. Pas facile ! Et malheureusement pas convainquant. Son cocktail laisse lui un arrière-goût qui râpe. Il manque la soul, la profondeur, la vibratio Sa voix nous passe dessus contrairement à Fontella Bass qui percutait aux tripes. C’est au tour de Grey Reverend de s’approcher du micro et d’interpréter  « Zero One/ This Fantasy«  du nouvel opus. Une intro qui rappelle Massive Attack, une voix folk, les sons planants, envoûtants… mais quelque chose cloche. C’est trop doucereux, trop folk… pas assez Cinematic. Et un problème de son apparaît clairement : les voix ne sont pas assez présentes, les aigus trop forts. Le public est toujours réceptif mais avec moins d’enthousiasme qu’au début. On attend sagement la fin du morceau mais on ne trouve pas d’allégresse générale.

54225012_336684043624098_408102668569935872_n

Ce qui se confirme avec le morceau suivant qui débute par des boucles du saxophoniste. On se laisse prendre par l’ambiance jazzy jusqu’à la montée dans les aigus qui percent littéralement les tympans. Des voisins de fosse se bouchent les oreilles et j’envie le gars devant moi dont je distingue une ficelle allant d’une oreille à l’autre. Le carnage continue avec l’impression qu’une sirène de pompier est en train de retentir à 10 000 décibels. À la fin du morceau, tout le monde est abasourdi, en rit… on n’a pas vraiment compris ! Pour nous remettre de nos émotions, on passe à « Wait For Now/ Leave The World«  et ses lumières roses qui, une fois de plus, ne me convainquent pas. C’est pop, c’est lisse, c’est sans émotion et c’est la dernière chanson. Les bras m’en tombent, je n’ai pas envie d’applaudir… déception, tristesse. Je me vois espérer un « Awakening of Woman » ou « Ode to The Big Sea » en rappel pour réaliser un rêve et finir sur une belle touche. Ça sera « All That You Give » et son intro si reconnaissable à son mariage de carillons et d’harpe. L’interprète Fontella Bass manque mais c’est tout de même une belle interprétation que nous offre Tawaih. Une belle ovation s’en suit, émotion du dernier morceau. Ils saluent le public et malgré un goût amer,  j’applaudis cette belle brochette de talents.

Je repars avec la confirmation du sentiment de manque d’orchestration perçue à l’écoute des premiers morceaux. Alors qu’ils ont su nous embarquer dans des constructions enveloppantes, intimistes ou au contraire grandiloquentes, les nouvelles créations de The Cinematic Orchestra me semblent trop lisses, sans grandes prises de risques, ce à quoi s’est malheureusement ajouter un gros problème de son. Le lendemain, j’écoute Every Day et quand même, merci les gars !

Anaïs

Vous aimerez aussi