The Handsome Family au Botanique (15/02/2017)

Mercredi dernier, la chaleureuse Rotonde du Botanique a fait résonner l’écho d’un voyage sur les sentiers de l’Amérique rurale profonde, avec quelques détours par les petites ruelles d’Albuquerque. Le couple Sparks, cette Handsome Family, a assuré avec brio le rôle de conteurs. Ils sont venus avec un onzième ou douzième album, Unseen, contenant dix chansons comme autant de petites histoires qui dépeignent la vie dans le Nouveau Mexique.

Il faudra un jour m’expliquer cette manie qu’ont les groupes de folk de systématiquement emmener avec eux une chanteuse et sa guitare acoustique en guise de première partie. C’était donc « chanteuse folk #2198 », alias Joana Serrat, qui nous a bercés pendant une petite demi-heure au son de ses ballades, non dépourvues d’un certain charme, il faut lui reconnaitre. L’auditoire, assis par terre tel une troupe de louveteaux autour d’un feu de camp, a pu profiter de la chaleur acoustique propre à la petite salle ronde et haute. On peut déplorer la formule générique voix-guitare, tout en en appréciant la délicatesse cristalline.

 Joana Serrat

Une qualité sonore qui sera toujours de la partie pour « le secret le mieux gardé des États-Unis (pré-True-Détective.) » The Handsome Family, c’est Brett (guitare électrique et chant) et Rennie (Kala Ubass (sorte de croisement entre une basse acoustique et un ukulélé) et seconde voix) Sparks, mariés il y a vingt-cinq ans et sur scène ensemble depuis pratiquement autant de temps. Qu’est-ce qui rend spécial ce duo de country, parmi des centaines d’autres, aux yeux de leur public ? Sans doute cette ambivalence précaire entre compositions folk traditionnelles et écriture sombre. Le talent réside dans ce songwriting particulier que le groupe met en scène avec beaucoup de sincérité.

Accompagnés par deux musiciens supplémentaires, un batteur et un guitariste, très consciencieux, le couple assure le spectacle autant dans ses dialogues proches du sketch improvisé qu’avec quelques-uns des meilleurs titres issus de leur longue discographie. Elle – cynique et pleine de répartie aigre-douce – enchaine les clins d’œil au public pour le charrier lui – bougon et grommelant dans sa barbe de bucheron. Chaque introduction est l’occasion de planter le décor de la chanson, comme par exemple le nouveau titre « Back in my day » avant lequel on apprend que Brett ne possède toujours pas de téléphone. Cela peut sembler niais sur le papier, et pourtant la sincérité et l’honnêteté qui ressortent de l’ensemble parviennent à imprimer un sourire sur le visage de tous les spectateurs. Un sourire légèrement oblique lorsque l’on sait que Brett est atteint d’un syndrome de troubles bipolaires qui lui a valu une hospitalisation – et l’inspiration pour l’écriture de Through the trees, sans doute leur meilleur album, sorti en 1998.     The Handsome Family

Symptomatiques de l’ambiance rustique du concert, quelques ratés sympathiques ponctuent le set d’une heure trente, notamment lorsqu’en guise de rappel Brett annonce l’interprétation de leur tout premier titre composé ensemble. Un projet qu’il abandonnera après deux tentatives infructueuses, ne parvenant ni à chanter dans la tonalité originale, trop aigue pour sa voix enrouée à cause d’un rhume qui l’accable depuis le début du show, ni à la transposer un ton plus bas. Il y aura aussi « The lost soul », cette chanson traditionnelle issue de leur compilation de faces-B et de reprises de 2010 qu’ils essayeront de jouer « pour la première fois en live » pour quelques étudiants rencontrés la veille pour discuter des singularités de la musique américaine. On les croit sans difficulté, puisqu’ils ne se souviendront que des paroles du premier couplet. Sympathique malaise. Il y a enfin la voix de Rennie, manquant curieusement de volume ; éclaircissements quelques chansons plus tard : c’est simplement qu’elle ne chante pas toujours très juste de façon régulière. Rien de grave, au contraire, ces aspérités fonctionnent comme les petits défauts à la surface d’un vinyle qui donnent au son sa granularité unique.

Bien sûr, il y a « Far from any road », chanson écrite il y a douze ans et entrée seulement en 2014 dans leurs setlists suite au succès de la série « True Detective » qui l’utilise comme thème pour sa première saison. On imagine le sentiment ambigu de voir sa carrière longue d’un quart de siècle prendre un tournant radical grâce à un générique d’une minute trente. Surtout quand on est l’archétype du groupe bucolique qui écrit ses chansons au coin du feu, dans une cabane perdue au milieu de la forêt. Fort heureusement, le public est aussi bon joueur que le groupe, et accueille avec davantage de ferveur les autres titres, sans doute plus puissants et plus beaux, que sont « Octopus » (pour en citer un récent) ou « Weightless again » (pour en citer un vieux.)

Maxime Verbesselt

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