The Kills à l’Ancienne Belgique (16/06/2018)

thekills_300x666Il y a une quinzaine d’années déjà, j’avais adoré les deux premiers albums des Kills, un peu moins le troisième. Une oreille distraite au quatrième et cinquième ne m’avait pas donné envie de replonger. J’étais convaincu qu’ils avaient déjà donné le meilleur d’eux-mêmes. Pour moi, c’était de l’histoire ancienne. Le seul regret était de ne pas les avoir vu sur scène lors de leurs débuts que j’imaginais flamboyants, incandescents. Alors samedi, en me rendant à l’Ancienne Belgique, j’avais quelques craintes, car normalement le passé ne se rattrape jamais. Normalement…

La bonne surprise commence déjà avant même le groupe anglo-américain avec The Pearl Hearts, duo batterie/guitare originaire de Londres. Les deux musiciennes n’inventent rien mais elles n’en ont cure : Kirsty balance ses riffs pendant que Sara frappe sur ses fûts comme une damnée, le tout avec tant de conviction et de sincérité que je suis immédiatement conquis. Puis la voix grave, entre feulements et hurlements, est elle aussi assez impressionnante. En une bonne demie-heure, elles remplissent parfaitement leur mission de chauffeuses de salle. Leurs bombinettes bien rock sont un parfait prélude pour faire patienter le public. Après le concert, on verra que leurs sourires ne sont pas une façade, leur joie d’être là à faire la musique qu’elles aiment n’avait rien de factice et elles assument en toute simplicité elles-mêmes leur merch.

Joie d’être là, de faire ce qu’on aime le plus au monde sera aussi le mot d’ordre du concert des Kills. Alisson Mosshart a eu peur que les éloignements de Jamie Hince – une main broyée, ennuyant pour un guitariste, puis la jalousie de Kate Moss (minute Voici) – soient définitifs. Elle a déclaré à plusieurs reprises que pour elle, rien n’avait plus d’importance que son groupe et la musique. Ça fait cliché, ça fait adolescent, et pourtant, quand on la voit débarquer sur scène avec la banane quasi hilare, on remballe notre cynisme, on la croit et on respecte cette philosophie jusqu’au-boutiste.

Guitares tranchantes et excessives de Hotel (le surnom de Jamie) voix chaude et puissante de VV (celui de Alison) au service de leurs tubes moitié catchy, moitié brûlot, on se rend compte de l’efficacité d’un grand nombre de leurs titres. « Fried My Little Brains » et « No Wow » s’enchaînent parfaitement, et après une petite demie heure, les regards entre les deux se font encore plus complices. Ils sont toujours là. Mais pas le temps de s’auto-congratuler, pas de répit, pas de discours, et à peine quelques « merci beaucoup » glissés avec un accent parfait par VV. On est là pour faire de la musique, on a perdu trop de temps, on ne veut plus rien d’autre. thekills_850x300Hotel adore monter sur les retours pour venir nous faire admirer sa virtuosité. Les Kills font le show, ils sont à l’opposée même du shoegazing, et c’est rafraîchissant. Je pense de plus en plus fort que malgré, ou parce qu’ils ont tout vécu, ils restent des ados qui rêvent de faire de la musique, de composer de bonnes chansons, peut-être d’avoir du succès et qui sait, peut-être même en vivre. Ne jamais oublier le but originel est certainement ce qui leur a permis de ne pas devenir le groupe de stade que leur autorisaient certains de leurs morceaux au potentiel d’hymne. Ils aiment beaucoup trop les Kills pour ne pas veiller à ne pas abîmer leur rêve.

Je n’ai pas parlé du batteur et du claviériste qui font pourtant très bien leur boulot. La raison est simple, ils sont confinés à un rôle d’accompagnateurs. La relation fusionnelle, exceptionnelle qui lie VV et Hotel exclut tout autre membre; jamais il ne pourra être réellement intégré. Au mieux il sera un observateur admiratif à leur service. Et cela pourrait être regrettable si ce n’était aussi magique.

Pour le rappel, Alison revient d’abord seule à la guitare, elle chante divinement bien, on comprend encore plus aisément pourquoi elle est tant appelée pour des collaborations extérieures. On ne sait pas si elle en a envie, mais on ne veut pas qu’elle développe un projet solo. On veut encore voir son sourire de petite fille quand son partenaire lance le riff de sa chanson préférée pour conclure le rappel. Longue vie aux Kills ! Et c’est promis, maintenant je ne vous manquerai plus quand vous viendrez à Bruxelles.

P.S. : à un moment, je me suis dit que Alison et Louane se ressemblaient fortement. Je ne sais comment cette très étrange idée ne m’a pas sorti du concert…

Fripouille

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