The Libertines au Cirque Royal (18/11/2019)

thelibertines_300x666Alors que les jours (et les nuits) se font de plus en plus froids, pourquoi ne pas aller s’engouffrer dans l’enceinte du Cirque Royal histoire de se réchauffer à la chaleur du plus scintillant et bouillant joyau de la Couronne du Royaume-Uni ? En voilà un plan des plus excitants !

Après de longs travaux qui auront délocalisé bien des concerts de sa splendide enceinte pendant plus d’un an, me revoilà au Cirque Royal, plus de deux ans après mon dernier passage (pour CAPDB justement) et plus de cinq ans après mon premier concert de The Libertines (avec entre temps un concert des Babyshambles, side project de Peter Doherty) afin de replonger avec allégresse dans la fin de mon adolescence et les balbutiements de ma vie de jeune adulte (balbutiements toujours en cours d’ailleurs). 

Alors que mon heure d’arrivée me prédestinait normalement à ne strictement rien voir du premier des deux groupes à ouvrir pour la bande de joyeux lurons tout droit sortie de Londres, me voilà finalement face à face avec Amy Jo Doh & the Spangles pour leur tout dernier titre du soir, empreint de bonne humeur et de bonne vibes mêlant blues, country et rock à papa, mais qui ne tiendra pas la comparaison avec l’ovni à suivre : DSM IV.

Alors eux, dans le style anachronique, je pense qu’on ne pouvait pas rêver mieux : une sorte de new wave aux influences techno des années 90 par moments avec des réminiscences punk(ounet) ça et là, accompagné par une bonne boîte à rythme sur scène, histoire de bien montrer que ces gars n’appartiennent pas à notre temps. Les membres du groupe ne se distinguent pas particulièrement (en particulier le maître de la boîte à rythme qui passe une bonne partie du concert mains dans les poches), à l’exception de leur putain de chanteur, une sorte de taré avec une coupe mulet mi blanche sur l’avant, mi noire dans la nuque qui donne tout, comme si ce concert était le dernier et que sa vie en dépendait. Et rien à foutre d’être une première partie : on gueule sur tout le monde pour les faire chanter, danser, taper dans les mains, on court partout dans la salle quitte à quasiment débrancher son micro, on va se poser sur un type assis tout en gueulant ses paroles qui invitent à la fête. Non, rien à dire. Et si le choc des genres (avec le groupe d’avant et le groupe d’après) pouvait surprendre, les bougres remplissent diablement bien leur office et il me tarde d’en entendre plus dans le futur ! 

Et puis, au son d’une chanson que je qualifierais d’ »Edith Piaf anglaise » et à la lueur de projection de vidéos des membres (qui tourneront tout le long), arrivent un à un les terribles rejetons de la perfide Albion. Si au début on sent que le concert prend un peu de temps à se mettre en place car enchaînant plusieurs chansons du dernier album en date (qui a tout de même quatre ans dorénavant), dès les premiers morceaux issus de Up the Bracket ou The Libertines l’ambiance devient électrique. D’ailleurs bientôt il ne restera plus un seul centimètre cube d’air frais dans la salle, la faute à un enchainement « Death on the Stairs », « Boys in the Band », « Vertigo » et « Can’t Stand Me Now » ravageur. Les guitares jouent à toute berzingue (quitte à laisser des approximations en cours de route ou des passages acoustiques avec une guitare qui semble désaccordée), la basse donne un groove que je ne soupçonnais même pas à quasiment tous les morceaux, et la batterie sous lourde cocaïne ne cesse de tabasser et de claquer comme des balles fendraient l’air. 

thelibertines_850x300Si on a longtemps pu se foutre de la gueule de Peter Doherty pour ses problèmes de drogue et d’alcool (à juste titre d’ailleurs), on a cette fois l’impression qu’il a laissé tout ça derrière lui, et l’alchimie avec Carl Barât, qui semble être restée intacte malgré leur passé tumultueux, fait des étincelles. Les deux comparses interchangent leurs micros à pratiquement toutes les chansons ou chantent à deux dans le même micro pratiquement tout le temps. Et puis, si Doherty n’a jamais semblé si vieux, son attitude à lui et à sa bande reste résolument jeune et on dirait que rien n’a changé malgré les années. Hormis que cette fois, contrairement à mon impression de leur concert d’il y a cinq ans pour leur tournée de reformation, tous semblent complètement impliqués et ça se ressent dans le public qui n’a de cesse de chanter, danser, pogoter, taper dans les mains.

Et si les membres du groupe mettent presque dix minutes avant de remonter en scène pour le rappel ? Pas grave, ils allongeront le concert d’une dizaine de minutes, alternant tubes (« What Katie Did », « Don’t Look Back in the Sun », avant-dernière chanson qui créa un bordel sans nom dans la fosse), chanson acoustique semi-improvisée, et douce mélodie au piano qui se conclue par les quatre membres du groupe chantant tous ensemble. En prime, et comme cadeau de départ avant de nous quitter, alors qu’il ne reste que le batteur (Gary Powell) et Doherty sur scène, celui-ci se met derrière les fûts et commence à jouer comme un gamin qui découvrirait la batterie et demande l’approbation d’un adulte, ce qui ne fait qu’accentuer notre sympathie pour ce personnage à la fois patibulaire et terriblement attachant. 

Reste maintenant une question : est-ce que ces libertins sont les derniers d’une lignée de rockstar qui semble s’essouffler d’année en année ?

Maxime S.

Setlist

Heart of the Matter // Horror Show // Barbarians // Fame and Fortune // What Became of the Likely Lads // You’re My Waterloo // Mayday // Death on the Stairs // Boys in the Band // Vertigo // Can’t Stand Me Now // Gunga Din // The Saga // Last Post on the Bugle // Rappel : What Katie Did // Time for Heroes // Up The Bracket // Dilly Boys // Don’t Look Back Into the Sun // Bangkok

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