The Wolfpack (2015)

thewolfpack_300x666Fraîchement sorti en DVD et découvert dans la foulée, The Wolfpack fait partie de ces films qui marquent l’esprit bien des jours après leurs visionnages. Documentaire ultra intimiste mais qui ne tombe jamais dans le voyeurisme, il ne représente que les prémisses de quelque chose de bien plus grand. Retour sur un long métrage marquant qui aurait pu ne jamais voir le jour.

Avec son affiche dans les tons rouge, blanc et noir représentant six jeunes hommes en costards et lunettes de soleil façon Reservoir Dogs, The Wolfpack donne l’impression d’être un énième film sur une bande d’ados rock n’roll, au pied du mur doré de la gloire. Jaquette on ne peut plus trompeuse donc, ce film étant en réalité un documentaire narrant une histoire peu commune. Il relate en effet l’histoire surréaliste de la famille Angulo, recluse dans son appartement du Lower East Side new-yorkais. Celle-ci représente une fratrie de six frères et une sœur qui auront passés quinze ans de leur vie quasiment coupés du monde, les parents ne souhaitant pas que leurs enfants se retrouvent influencés par la société actuelle. Désireux de leur apporter une éducation « neutre » et protectrice, ils ont donc enfermés leurs enfants dans ce qui semble être une prison dont les murs sont recouverts de dessins, de cartes du monde et autres photos de paysages désertiques. Seulement voilà, il faudra bien un jour où l’un d’entre eux désirera franchir la porte qui mène vers le monde extérieur, et dès lors toute leur vie va changer…

thewolfpack_850x300C’est grâce d’ailleurs à cette excursion que la réalisatrice Crystal Moselle, dont c’est le premier docu, a pu rencontrer cette famille et connaître leur histoire incroyable. Intriguée par leur look atypique (Ray-Ban sur les yeux, costards et longs cheveux noirs pour chacun) elle fait rapidement connaissance avec cette meute improbable. Et ce qui les rapprochera sera le cinéma. En effet, si la famille Angulo a vécu quasiment coupée du monde, elle n’aura eu comme véritable seul lien avec lui les nombreux films qu’elle se passe en boucle. Fortement influencés par les images de ces pellicules on ne peut plus cultes, les frères décident rapidement d’en retourner la plupart des scènes, et ce au dialogue et au costume près. Tout est on ne peut plus fidèle et le documentaire nous plonge dans des images d’archives où on assiste à ce suédage longuement étudié. C’est donc au milieu d’un véritable arsenal digne d’un studio de cinéma ou d’un théâtre que les frères passe leur temps, à bricoler divers accessoires permettant leurs nombreux remakes. C’est d’ailleurs sans surprise qu’un des frères, quelques temps après sa sortie, sera engagé comme accessoiriste au sein d’une compagnie et qu’ils formeront ensuite la maison de productions The Wolfpack afin de faire leurs propres films (dont Mirror Heart en lien ci-après).

thewolfpackk_850x300Primé au Festival Sundance l’année dernière, avec notamment le grand prix du jury pour la catégorie documentaire américain, The Wolfpack est donc une sorte de Strip-tease des temps modernes, mettant en lumière une histoire assez sombre. Car si l’on peut être effaré par l’enfermement qu’on subit ces frères, l’histoire va encore plus loin avec un père se prenant pour Dieu et désireux d’avoir sa propre tribu. Les frères et sœur portent en effet sept des dix noms des enfants de Krishna et forment une sorte de communauté, voire de race où chacun porte les cheveux très longs et des prénoms issus de la plus vieille langue du monde, le sanskrit. Gourou au sein d’une famille, on n’apercevra que peu le père, visiblement alcoolique et illuminé à tendance démoniaque qui passe son temps enfermé dans sa chambre devant deux écrans de télévision. Seul personne muni des clés de l’appartement, il interdit à tout le monde, y compris sa femme, rencontrée sur la route des Incas, de sortir des lieux. C’est donc dans une ambiance étouffante qu’on plonge dans l’univers de cette famille confinée, sans pour autant tomber dans le malsain, les frères ayant heureusement assez de recul pour analyser la situation (n’oublions pas que le documentaire a été tourné après leur première sortie de l’appartement, un des frères affirmant que s’il avait été tourné un an plus tôt, aucun d’eux n’aurait adressé un mot à la caméra). Et contrairement à un fait divers sordide qui aurait pu mal tourner, The Wolfpack met en lumière une sorte de deuxième naissance à laquelle on se délecte d’assister. Rejoignez vite la meute !

Hélène