The World of Hans Zimmer au Palais 12 (31/03/2019)

AFFICHEHans Zimmer n’était peut-être pas là de corps, mais d’esprit, ça oui, pas de souci. Ses musiciens et collaborateurs électrisés se sont acharnés, le temps d’une soirée, à immerger le public dans son univers. Mission accomplie. Un show tout en lumières et prestations solistes, construit et emmené par un orchestre en feu.

Le concert était organisé au Palais 12, qui ressemble à un énorme bunker, tout de béton constitué. Je me suis inquiétée cinq minutes de l’acoustique dans une telle structure mais au final, dès que le concert a débuté, je suis restée scotchée sur ma petite chaise en plastique et mes préoccupations se sont envolées avec les notes. Selon les deux hommes assis juste devant moi et dont je surprends des bribes de conversation, « la mise en scène est beaucoup plus imposante que celle du spectacle de John Williams » (note aux néophytes, dont moi-même, qui écoute énormément de musique de tous horizons mais ne retient les noms des auteurs/compositeurs qu’une fois sur deux ; il s’agit du génie auquel nous devons la musique de Star Wars, Indiana Jones, Jurassic Park et Harry Potter, pour n’en citer que quelques-uns).

Tout à coup, un tonnerre d’applaudissements me sort de ma rêverie. L’orchestre entre en piste. Une fille, derrière moi, susurre à son ami : « Ils sont beaucoup. Ils sont combien ? » Son ami rit et elle enchaîne :  « Je veux dire, ils ne sont pas que trois, sur scène. » Effectivement, ils ne sont pas trois pelés ni deux tondus, mais toute une tripotée. Selon le livret que mon voisin de chaise a acheté pour le prix d’un dîner au restaurant, je note les noms de nos hôtes: l’Orchestre symphonique du Bolchoï de Biélorussie ainsi que le Chœur académique de la société de la radio et télévision nationale de Biélorussie. Que du beau monde. Soudain : sursaut, je fais un bond en l’air de vingt centimètres ! Pas le temps de me recoiffer qu’une deuxième salve sonore et musicale manque de me renverser. C’est parti… J’espère que personne n’a fait de crise cardiaque. La musique tonne et tourbillonne et danse avec les images qui habillent les gigantesques écrans vidéos derrière l’orchestre. Des textures organiques croissent, réagissant à la musique et se transformant en… tables de mixage ? Je ne sais pas, mais c’est joli. Je crois reconnaître, dans ce patchwork, des fragments d’images du film Inception.

Le flûtiste, Pedro Eustache (mais si, vous le connaissez : les passages flûtés dans Kung Fu Panda et Le Roi Lion, c’est lui, et World of Warcraft, c’est lui aussi) arrive et ajoute sa petite pierre à l’édifice. Mais déjà, le show en rajoute une couche : les panneaux vidéos géants situés aux extrémités commencent à coulisser vers l’extérieur, laissant apparaître des échafaudages sur lesquels sont perchés les chœurs. Je suis soufflée, alors qu’ils entonnent leur part. Le chant est surpuissant, ça dépote !  J’ai presque l’impression que la force des ondes a plaqué mes cheveux en arrière, à l’instar d’un personnage de BD comique. Trop vite, ce premier morceau, un medley entre The Dark Knight et Le Roi Arthur, s’achève.

Le maître de cérémonie s’adresse alors à l’audience, par message vidéo. Hans Zimmer présente son ami et chef d’orchestre, Gavin Greenway, avant de parler brièvement du morceau suivant, Mission Impossible 2. Ce schéma se répétera tout au long du show : les musiciens et le chœur nous content une histoire, illustrée par le jeu des lumières et des images à l’écran, lesquelles sont un mélange de formes diverses, d’images du film et/ou de structures architecturales. Chaque fois que l’orchestre termine un chapitre, Hans Zimmer apparaît, dans toute sa splendeur, sur les écrans géants pour ici nous raconter une anecdote rigolote sur l’un des films, là nous présenter un ou une de ses collaborateurs-trices. Cette méthodologie rythme le spectacle et permet de reprendre son souffle, entre chaque tempête sonore.

Toujours est-il que le pilier principal de la soirée, ce sont les solistes. La partie Mission Impossible 2 donne la part belle à Amir John Haddad, considéré comme le meilleur guitariste concertiste, sur la scène flamenco contemporaine. Effectivement, il envoie du lourd et, permettez-moi cette impudence, il est aussi agréable à écouter qu’à regarder. Autre soliste ayant attiré immédiatement mon regard (malgré le fait qu’elle soit noyée dans cette mer de musiciens et reléguée au dernier rang !), la percussionniste Aleksandra Šuklar. Alors elle, elle joue avec tout son corps, elle ondule en rythme, se balance et danse, et rien qu’à la regarder marteler ses instruments, j’avais envie de me trémousser.

©Frank Embacher Photographie

Après plusieurs morceaux que je ne vais pas détailler dans leur intégralité (après tout, il faut bien préserver l’envie d’aller voir le spectacle), la pièce de résistance, j’ai nommé The Da Vinci Code. Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, j’ai trouvé l’adaptation cinématographique du livre vraiment très mauvaise. Je ne l’avais visionnée qu’une seule fois et je ne me souvenais donc pas du tout de la musique. Ceci-dit, ayant lu le livre plusieurs fois, j’ai trouvé la prestation à la hauteur de la narration : grandiose, pleine de suspens, doucement oppressante et avec juste ce qu’il faut de caractère liturgique. À noter que la présente interprétation s’écarte de la musique originale du film… Certains apprécieront et d’autres, moins.

Une petite entracte de vingt minutes fut ensuite gracieusement accordée, afin de digérer cet épisode homérique. Puis la représentation redémarre, tout en légèreté cette fois, avec….. du ukulélé ! Petit intervalle gentil et mignon, pour aborder la section des dessins animés. J’en mentionnerai deux. Madagascar, qui ouvre le bal. Ce n’est pas le meilleur passage, mais les images font rire le public. Cette rupture aérée est la bienvenue, bien que je trouve cet acte un peu faible par rapport aux autres compositions. L’orchestre entame ensuite une musique que je ne reconnais pas tout de suite, elle me rappelle… Carmina Burana ? Non. Plutôt la musique du film 1492 : Christophe Colomb (après vérification, il s’avère que le morceau auquel je pense est de Vangelis et s’intitule Conquest of Paradise). In fine, à part la montée en puissance progressive, les similitudes sont plutôt limitées. Bref. Les images me permettent finalement de reconnaître Spirit, l’étalon des plaines. Intéressant, j’ignorais que Hans Zimmer y avait travaillé (en collaboration avec Bryan Adams). Ici, l’orchestre fait littéralement vibrer le sol par une kyrielle de notes qui ponctuent le bruit des sabots des chevaux s’élançant au triple galop dans les grands espaces américains. Taïaut, taïaut !

À ceux qui se demandent pourquoi un artiste de la trempe de Hans Zimmer préfère parfois composer pour des films d’animation, celui-ci rétorque « [qu’il ne le fait] pas parce [qu’il a] des enfants, mais bien parce [qu’il est lui-même] toujours un grand enfant. Rester enfant permet de s’affirmer joueur, fou, de faire le cornichon et de s’amuser sans complexe. » Je ne peux que lui donner raison.

Passons certaines scènes et oublions la légèreté. Elle ne pouvait de toute façon pas durer. L’artiste nous retourne comme des crêpes en nous présentant Hannibal, qu’il a abordé comme une histoire d’amour entre Lecter et Clarisse. Le tableau est entièrement rouge. L’écran est rouge, la musique est rouge, la soliste, Marie Spaemann, aussi. Tout nous rappelle le sang, la passion, l’amour et une peur primale, bizarrement cristallisée par la tête, en gros plan, d’Anthony Hopkins. Je l’entends presque murmurer, dans mon oreille : « Comme ma mère le disait, ce qui est important dans la vie, c’est de faire de nouvelles expériences. »  Angoissant et étrangement troublant. Le public adhère et en redemande.

©Frank Embacher Photographie

Le spectacle se poursuit de la sorte, entre anecdotes alléchantes, voyages symphoniques et solos époustouflants. L’ingénierie lumineuse magnifie encore l’expérience. Lorsque le feu dévore les images, à l’écran, les spots brûlent les rétines. Le spectacle se vit dans la chair et accapare les sens ! Le coup de grâce est porté par la compositrice et diva Lisa Gerrard – déjà montée sur scène en début de soirée – via une prestation fantasmagorique sur la musique de Gladiator. Le public est propulsé dans un champ de blé, et chacun sent l’effleurement des épis sous ses doigts… La voix est puissante, mais douce et chaude, comme une caresse. Elle donne la chair de poule et ses vibrations font écho à une espèce de mélancolie intérieure.

 

Cette épisode épique clôturé,  Gavin Greenway laisse croire que le spectacle est terminé, présentant les musiciens, le chœur et les solistes. Il remercie la troupe dans son intégralité, avant de sortir, en compagnie des solistes. La salle se lève et traduit son contentement par un roulement d’applaudissements, lesquels font revenir le chef d’orchestre dare-dare. Il n’allait évidemment pas appareiller sans donner vie à la musique de Pirates des Caraïbes. Les musiciens se déchaînent pour ce dernier thème. La croisière s’amuse, c’est sûr : l’accordéoniste (et pianiste), Eliane Correa, secoue ses dreadlocks et nous livre un headbang endiablé aux côtés du flûtiste qui bondit et rebondit sur place. La percussionniste Aleksandra Šuklar  et la batteuse Lucy Landymore sont, quant à elles, dans leur monde, malmenant leurs instruments sans concession, les cheveux en bataille. Cette apothéose est hyper-prenante, ne manquent que le roulis du Black Pearl sous les pieds et le froid de l’écume fouettant le visage. Trop vite, nos pirates jettent l’ancre et s’amarrent à quai, mettant un terme au voyage. Le public se lève et hurle pour une deuxième ovation qui dure, qui dure. Les artistes saluent par trois fois. Les applaudissement, les sifflements se poursuivent. Finalement, tous lèvent les voiles, nous abandonnant là, un peu ébahis, les oreilles résonnant encore de toutes ces notes..

Alors que le générique défile au son de Always Look on the Bright Side of Life, hymne culte de La vie de Brian des Monty Pithons, j’essaie de faire le point sur ce à quoi je viens d’assister. Peu de choses à dire en défaveur du show. Mon seul bémol sera de ne pas avoir entendu la musique d’Interstellar, que je trouve sublime. Je noterai également l’absence de sous-titres, lors des interventions vidéos. Je comprends le choix de ne pas vouloir « polluer » l’écran, mais cette décision pénalise les personnes ne maîtrisant pas l’anglais. Détails que cela me direz-vous, on ne peut pas tout avoir. Dans ce cas-ci, on a déjà presque tout, alors évitons les jérémiades. Et si je vous ai mis l’eau à la bouche, sachez que la troupe repassera par la Belgique, cet automne, le 09 novembre 2019, pour être exacte. Rendez-vous au Sportpaleis d’Anvers.

Je n’ai plus qu’à récupérer ma voiture sur le parking et faire la queue pour sortir.

Retour à la réalité.

Joo.

Setlist

The Dark Night // King Arthur // Mission Impossible 2 // Pearl Harbor // Rush // The Da Vinci Code // Madagascar : Best Friends // Spirit // Kung Fu Panda Oogway Ascends // The Holiday // Hannibal : To Every Captive Soul // The Lion King // Gladiator // Pirates of the Carribean

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