The Young Gods au Botanique (24/03/2019)

theyounggods_300x666Neuf ans après leur précédent album Everybody Knows, véritable patchwork mêlant salves de guitares ionisées, ambient déconstruite et guitare acoustique, les Young Gods sont de retour avec Data Mirage Tangram. Plus apaisé, l’album est très riche même s’il compte relativement peu de morceaux au compteur (sept), le faible nombre étant rattrapé par l’étendue de ceux-ci. Ces neuf ans ont toutefois été bien remplis puisque outre la collaboration avec les Brésiliens de Naçâo Zumbi, ils ont aussi fait une tournée rejouant les deux premiers albums avec aux claviers Cesare Pizzi en lieu et place d’Al Comet.

À quelques places près, l’Orangerie est pleine ce dimanche soir. Quelques dizaines de curieux, dont je fais partie, viennent écouter aMute en première partie. J’avais déjà entendu parler du bonhomme sur les réseaux sociaux et jeté une oreille distraite au dernier album, m’étant dit que je poursuivrai plus loin l’écoute… ce que je n’aurai finalement fait qu’au concert de ce soir ! Jérôme Deuson débarque seul sur scène, entouré de guitares, d’un ordinateur, d’un clavier, d’une batterie électronique et d’une collection de pédales et de contrôleurs en tout genre. La demi-heure passera assez vite, les nappes sonores s’enchaînant sans relâche. Le propos ici est clairement de se draper dans des ambiances qui virent du psychédélique à l’électro légèrement distordue, la densité sonore témoignant d’une belle maîtrise des espaces et des timbres, essentiellement construite à partir de boucles. Le seul petit bémol est la qualité de la présence scénique : on regarde le musicien s’affairer sur ses machines, et le savant fou n’est jamais loin mais le geek solitaire est parfois trop proche. Une formule en groupe pourrait cartonner, peut-être pour une prochaine fois ! En tout cas l’expérience auditive vaut le détour.

21h tapantes, les Young Gods débarquent. D’emblée, le son en impose avec « Entre en matière » dont les particules électroniques posent le sujet : le voyage sonore commence, c’est le moment d’ouvrir ses pavillons bien grands ! « Figure sans nom », l’un des morceaux les plus pop du groupe, fait mouche : la danse/transe se met progressivement en place, elle arabesque au rythme de la batterie frappée avec une assurance incroyable par Bernard Trontin. Franz Treichler scande ses mots la guitare au poing, et c’est une belle surprise de ce concert, il en jouera presque sur tous les morceaux ! Les climats joués par Cesare Pizzi dessinent un écrin presque palpable où viennent habiter les trois musiciens…

« Here we are so seraphim, decipher codes in the sky » chante Franz sur « Tear Up The Red Sky », les pieds sur terre mais les yeux en survol lucide d’un état du monde changeant et chaotique, ce que semble refléter le morceau. « All My Skin Standing » suit, où cette fois la guitare tresse des climats sonores inquiétants au sein desquels les rythmes hypnotiques de la batterie nous tiennent les narines hors de l’eau pour ensuite nous faire danser le squelette pendant que la peau se tend, giflé par les coups de guitare alors que l’électro donne à cette transformation un groove infernal… « Au fur et à mesure » chante Franz, et l’on commence à basculer… pas du tout préparé pour ce qui va suivre !

theyounggods_850x300D’abord un « Moon Above » que je pensais injouable en concert, où la batterie réelle dialogue avec un double complètement déstructuré sous le hululement du chant, formant une sorte de blues jamais inquiétant mais fêtant la dissolution des formes connues. « I’m coming home » dit-il entre deux salves d’harmonica, mais sa maison, c’est l’infini ? « About Time », le premier morceau du concert tiré d’un ancien album (ici Super-Ready Fragmenté sorti en 2007) apparaît ensuite, et ce dans une version électro hyper dansante et implacable à la fois, suivi d’un « Envoyé » halluciné venu des bas-fonds du Canal. Cesare Pizzi envoie des séquences de basses qui font trembler les semelles tandis que la batterie s’occupe du reste du corps. Franz a la voix claire – contrairement à la version gutturale du premier album – et envoie les mots telles des flèches : « Une guerre dedans, une guerre dehors » prend ici un sens différent. Les guitares électrisées d’origine n’apparaissent qu’à la fin, mêlées au flux sonore densifié qui se chaotise rapidement pour s’interrompre d’un coup net. C’est terriblement violent et cathartique ! Puis « You Gave Me A Name », ses bulles virevoltantes et sa guitare tournoyante viennent clôturer le concert, et c’est la fin d’un voyage…

Il y a d’abord les rappels : « Kissing The Sun », « Gasoline Man » et « Skinflowers » s’enchaînent. L’occasion de constater que malgré le temps, les musiciens n’ont rien perdu de leur intensité et les attaques sonores sont toujours aussi violentes. Et aussi de percevoir à quel point les tableaux traversés dans leur longue discographie – et lors de ce concert – sont d’une rare richesse. En second rappel, le touchant « Everythem », à la dissolution progressive et incroyablement belle, envoie ses ondes à la nuit…

Magnifique concert du trio Suisse, à qui l’on souhaite encore une longue route, et excellent travail au son de Bertrand Siffert et à Mario Torchio à la lumière.

Benjamin Vandenbroucke

Setlist

Entre en matière // Figure sans nom // Tear Up The Red Sky // All My Skin Standing // Moon Above // About Time // Envoyé // You Gave Me A Name // Premier rappel : Kissing The Sun // Gasoline Man // Skinflowers // Second rappel : Everythem

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