Thylacine – Transsiberian (2015)

R-7814179-1449499454-4864.jpegDécouvert par hasard, Thylacine trainait depuis quelques mois sur mon lecteur avec un plaisir non dissimulé pour sa musique électronique qui, à défaut d’être originale, est très efficace. Mais depuis quelques jours, j’ai changé mon fusil d’épaule : Thylacine est un artiste vraiment original. Ce revirement ? C’est Transsiberian. Un album composé dans le fameux train qui traverse les longues steppes russes et qui a servi de base pour produire un disque d’une rare intensité et d’une rare honnêteté.

Un voyage dans le transsibérien ça doit être quelque chose : sept jours et autant de civilisations, de terres rudes, d’histoires fortes et de gens rencontrés. Thylacine lui l’a fait et en a profité pour en sortir un album entier. Imbibé de sonorités de son voyage, les morceaux qui le composent nous font faire et refaire le voyage. Tout commence en gare : à la fois ici et n’importe où, c’est l’ambiance de ce lieu qui donne le ton de l’introduction. Cela pourrait être à Paris, Moscou ou Beyrouth. On ne le saura pas mais le voyage en train commence et un simple synthé met le tout en marche. Puis c’est sur le bruit des rails qu’il lance « Train ». On retrouve tout de suite la touche de Thylacine, avec un rythme assez fort et une mélodie toujours plus planante et mystique. On a droit à la célèbre montée > descente > grosse montée surexploitée en électro, mais cette fois-ci on se dit tant-pis ! On se laisse gentiment avoir et on prend place au voyage. Une sincérité s’installe et tout est sans fioriture, Thylacine se pose à notre niveau pour simplement partager sa musique.

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Vient ensuite « Belobezvodnoe », en plein dans le voyage où il continue d’utiliser les sonorités enregistrées pour donner la mélodie à ses morceaux. « Aikhai & Mandukhai », arrive quant à elle comme une étape, un pied-à-terre. Cette petite interlude donne la dimension des rencontres faites par Thylacine : sans forcément se comprendre il y a un échange autour de la musique et chacun partage son folklore. Le calme avant le tempête, « Moskva », sorte de passage rugueux dans ce climat instable et rude. On sent un besoin d’expression de puissance, c’est un tube de l’album, qui affirme toute l’énergie de Thylacine, celle qui ne peut pas être dépensée dans ce train le protégeant de ce climat.

« Poly » et ses chants mystiques apporte un côté rêveur à l’opus. Comme une étape indispensable au voyage, cette partie fait la part belle aux rêves. « Piany Pianino » vient tout de suite mettre un côté plus terre-à-terre au précédent morceau. Un peu comme l’arrivée dans une ville après des jours de paysages désertiques. Un détour par la réalité qui se fait cependant en douceur, tout de suite suivi par un retour complet en zone sauvage avec « Chaman » et son rite initiatique à l’abandon de l’esprit dans une mélodie prenante et mystérieuse. « Irkutsk » sert d’arrivée à ce trip, melting-pot de sonorités, sorte de bouillon de souvenirs encore frais avant la fin. La conclusion est donnée par le parfait « Memories » qui par son nom donne la description exacte de ce morceau : une sorte de bilan post-voyage de Thylacine.

Transsibérian est un album accompli qui a permis à son producteur de vraiment donner un sens à sa musique. Pouvoir mettre en scène une expédition de cette façon ne doit pas être facile; lui l’a réalisé de façon magistrale. Un disque qui suit une démarche originale, un partage sans concession d’un voyage marquant. Chapeau l’artiste !

Paulo

 

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