Tommy Genesis au Botanique (24/02/2019)

52901604_545551955933946_8157724576940294144_nPendant trois quarts d’heure, j’ai été prêt à pardonner l’impardonnable à Tommy Genesis. Comme si parfois le talent, le charme, la présence pouvaient tout faire oublier, suffire malgré tout le reste.

Quelques minutes après la fin de la prestation de Chill J qui passe en revue comme une compile réjouissante ce qui se fait de mieux en matière de hip-hop mainstream en 2019, monte la DJ de Tommy. Énergique dans son attitude, parfois maladroite dans son mix, elle est sensée faire monter l’ambiance, et si au début ça semble prendre, rapidement ça redescend et ça s’éternise. Après quasi une demie-heure, toujours pas de trace de la rappeuse canadienne. En backstage, ça s’agite, on semble lui demander de passer encore un morceau, puis un autre. Puis elle quitte la scène, l’ingénieur son des retours aussi. Sont balancés encore deux chansons pour meubler l’attente. Et c’est donc à 21h40 que Tommy Genesis, accompagnée de sa DJ, daigne enfin nous honorer de sa présence (pour un début annoncé à 20h45).

Après un premier morceau en tour de chauffe et toute à ses salutations, sa voix couvre péniblement la bande son, et pourtant la magie Genesis opère instantanément. En un coup, « Bad Boy » fait déjà décoller le show, ça pogote soudainement, ça me prend presque par surprise. Tommy d’un bout à l’autre de la scène prend la pose, elle serre des mains, est souriante. Elle est la reine abordable avec ses sujets. Pendant une bonne dizaine de minutes, c’est intense, bouillant. Puis déjà elle calme le jeu. Ballades r’n’b, rap a capella pour faire admirer sa parfaite technique, elle joue avec le public, le met dans sa poche avec une facilité totalement déconcertante.

53236074_590007038138246_3826111133912137728_nElle choisit une spectatrice presque au hasard pour remplacer Charli XCX sur « 100 Bad ». Elle est généreuse, s’amuse et nous amuse par la même occasion. Puis ça reprend de plus belle avec « Play With It », sa merveilleuse ode à la masturbation féminine. Le public majoritairement jeune (20/25 ans) et très librement looké l’adore; mecs ou meufs, tout le monde manifeste joyeusement et bruyamment son amour. De temps en temps, comme un geste naturellement innocent, même pas vraiment sexualisé, elle remonte son tee-shirt pour montrer son soutif. Si je relève ce geste c’est qu’il est symbole aussi de la nouveauté que représente l’arrivée de rappeuses comme Tommy Genesis. Elle, comme pas mal de ses consœurs (Princess Nokia en tête), donne une nouvelle façon d’envisager la féminité, décomplexée, amusée. Elle joue avec le sexe, la sexualité, elle en parle sans tabou, mais ça va au-delà même des revendications ou provocations; il s’en dégage plutôt une sorte de liberté assumée assez réjouissante.

Maintenant l’ambiance ne retombe plus, et si on regrette parfois les facilités à jouer quasi sur bandes (en y rappant par dessus la voix originelle), tant le travail technique de la DJ est réduit à sa plus simple expression, l’efficacité des beats, la voix, la bonne humeur nous emportent et on se laisse embarquer par le spectacle proposé par la showwoman d’exception. Puis après trois petits quarts d’heure et un mini rappel avec le tube « Lucky », ça s’achève. On quitte la salle, on se dit qu’il y a quand même un goût de trop peu, que 45 minutes de présence, on est quand même à la limite de la petite arnaque et que finalement non, le talent n’excuse pas tout.

Fripouille

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