Tony Allen à Flagey, pour le Brussels Jazz Festival (12/01/2018)

28516-2Lancé en 2015, le Brussels Jazz Festival de Flagey propose de découvrir pendant dix jours des concerts d’exception, des ateliers pour enfants mais aussi des films autour du jazz. Dans ce cadre, avoir la chance d’écouter une légende vivante de la musique comme Tony Allen est toujours un évènement. Bien connu en tant que pionner de l’afrobeat, ce batteur nigérian a su au fil des ans se diversifier et collaborer avec d’autres grands noms de la musique (le supergroupe The Good, The Bad And The Queen, Air, Groove Armada, etc…). Signé depuis peu sur le célèbre label de jazz Blue Note, Tony Allen venait nous proposer ce 12 janvier une revisitation personnelle de quelques standards de jazz d’Art Blakey, grand batteur du genre musical bepop.

Concert tardif. Le départ de la folie est signé à 21h. La vraie heure de départ : 21h20. Ma place, P-2. Juste derrière les ingénieurs du son du Studio 4, dans l’antre du paquebot (je l’appelle amicalement le Titanic pour ma part). Courte présentation de Tony Allen. Rappel qu’il n’est pas que l’un des pionniers de l’afrobeat mais bien plus que cela.

Arrivée décontractée de Tony Allen et son band. Sextet serait plus judicieux : six musiciens prennent place dans le Studio 4 de Flagey. Ils descendent les marches pour se séparer en trois parties : le pianiste Jean Phi Dary sur la gauche, le batteur Tony Allen au centre, le contrebassiste Mathias Allamane juste à côté et la section des cuivres à droite (le saxophoniste ténor Jean Jacques Elangue, le saxophoniste baryton Rémi Sciuto et le tromboniste Daniel Zimmerman). Un air de composition classique pour un concert de jazz.

banniere_Tony_Allen_1Le sextet démarre sur un premier standard « Invitation » (non disponible sur l’EP publié chez Blue Note). Tony Allen entame le morceau par une séquence de beats/rythmes binaires : tchac boum, boum tchac. On est très loin d’un batteur standard qui tape avec une énergie et une vitesse. Ici le rythme est léger et nous emmène dans le voyage. La cadence et les mains posées sur la batterie sont douces. Est-on dans le jazz ? Pas forcément. Le piano glisse les premières mesures. Contrairement aux morceaux d’origines d’Art Blakey où s’entremêlent les différents instruments, ce soir la batterie de Tony Allen sera au centre et donnera le tempo pour les autres musiciens. Parlons-en : un léger souci technique au niveau des micros gâche ce début de concert. La partie des cuivres (est-ce dû à cela ?) a du mal à s’accorder entre eux : on entend un léger décalage entre les deux saxophones et le trombone. La réorchestration des deux premiers morceaux ne me fait pas rentrer dans ce concert. La batterie apporte certes un plus mais le reste ne me convainc pas.

« A Night in Tunisia », composition et standard de jazz de Dizzy Gillespie et Frank Paparelli (1942), lance vraiment la soirée. Presque chaque musicien a pu entre-temps faire un solo sur une partie de chaque morceau. La détente est là. Les musiciens se sentent à l’aise et le public le rend bien : chaque solo est applaudi avec force et joie. Un court interlude permet à Tony Allen de nous remercier. Il précise que beaucoup de gens le voient toujours comme le batteur-pionnier d’afrobeat. « Music is like food. There are different styles of food. Try new food, new styles. » S’ensuit un « Thank you in advance. » (que vous aimiez ou pas). Éclat de rire général. Les partages d’un musicien lors d’un concert a toujours une signification importante : Tony est heureux d’être là, d’être présent ce soir.

Le morceau d’après (ou d’avant je ne sais plus) est celui que j’attendais le plus : « Moaning ». Les premières mesures de ce standard d’Art Blakey sont très connues. Au lieu d’une mesure commune entre les différents musiciens, seuls le batteur et le contre-bassiste entament l’intro du morceau. Un changement radical qui donne sens au concert de ce soir : nous ne sommes pas devant un groupe de reprises mais bien devant un « nouveau groupe » qui se réapproprie et réorchestre chaque morceau choisi. Distillant des rythmiques courtes et légères, Tony Allen mélange donc son savoir de batteur d’afrobeat avec son goût pour celui transmis d’Art Blakey.

banniere_Tony_Allen_2Le dernier morceau sonne le glas du concert de ce soir. Comme au théâtre, les musiciens se présentent au devant de la scène et remercient le public venu nombreux. Ouf, le sextet réapparaît. Le rappel nous donne l’occasion d’entendre le pianiste sur un clavier. Entouré par une caméra venu capter l’instant, le sextet entame le morceau « À la mode » et termine par une ovation amplement méritée.

Venu avec une amie au concert à deux places différentes, nous avons pu partager ensuite cette expérience pas comme les autres autour d’un verre. Oui, vous ne verrez pas tous les jours un tel concert. Surtout une mise en avant d’un batteur tout au long des morceaux. Ne connaissant que de nom Tony Allen, j’étais surtout là pour découvrir.

Malgré une déception sonore au début et le côté rustique du siège cinéma, ce concert et Tony Allen furent une belle surprise. Surtout un bon moment. À prolonger par d’autres concerts. Certainement pas assis mais debout pour célébrer la note bleutée et lever mon verre à ces chers John Coltrane, Miles Davis, Louis Armstrong, Tony Fruscella, etc…

Merci à Flagey, à mon grand-père et au grand-père de Lorenzo G. pour la découverte/passion du jazz et à Caroline S. pour les photos.

François VC aka whattt

Setlist

Invitation // Politely // On Fire // (A) Night in Tunisia (Vocals) // Moanin’ (ou Moaning) // The Drum Thunder Suite // Rappel : À la mode

Crédit photos : Caroline S.

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