Une semaine au BIFFF 2018 !

BIFFF2018Avril 2018 : mon premier festival de films, mon premier BIFFF. C’est à l’occasion de la 36ème édition du Bruxelles International Fantasy, Fantastic, Thriller et Science Fiction Film Festival (littéralement le BIFFTSFFF… beaucoup moins facile à prononcer, en tout cas sans arroser son interlocuteur) que mon baptême du feu se déroula. Baptême malheureusement écourté à la première semaine.

Cependant, les durs à cuire, les survivalistes ou les fans de la première heure avec dans leur paquetage paquets de chips, thermos, plaid, mini ventilateur à piles, sonde urinaire,… ont pu profiter de deux semaines non-stop des projections de cinquante courts métrages et cent quatre longs métrages dont six en avant-première mondiale entre le 3 et 15 avril. Mais attention, pour jouer le vrai festivalier, il fallait mettre la main au porte-monnaie. Hé oui, les sorcières, zombies, découpages de têtes… ça se paye. Aux alentours de 10 euros la place (réduction d’un euro pour les étudiants, il faut le souligner !) et 220 euros le pass-festival.

Malgré tout, cette édition 2018 a atteint un score de fréquentation encore jamais connu, dû pour certains à la présence du réalisateur Guillermo Del Toro qui assurait un masterclass le 11 avril. Plus de 1700 personnes pour la première séance de  Ghostland  de Pascal Laugier projeté dans la première salle et Marrowbone, première réalisation de Sergio C. Sanchez, dans la deuxième salle qui affichait également complet avec ses 467 spectateurs. Une belle entrée en matière. Pour ma part, le BIFFF a débuté mercredi 04 avec la comédie noire espagnole Killing God  en compétition européenne.

Pour rappel, premier festival de films, premier BIFFF, et donc découverte de son ambiance. La projection est précédée d’une présentation en compagnie des réalisateurs/trices qui débute avec quelques questions de type journalistique pour vite dériver vers une entrevue plus décomplexée, ponctuée de blagues et d’anecdotes avec un final en chanson, passage obligatoire. On retiendra en particulier la prestation de Lee An-Kyu (A Special Lady) qui apparemment réalisait un de ses rêves et qu’on ne pouvait plus arrêter. Mais celle aussi des deux réalisateurs québécois H. Belhassen et A. Cussigh qui présentaient Montreal Dead End, long métrage composé de plus d’une dizaine de courts-métrages avec la participation de 18 réalisateurs et 300 bénévoles. Leur truc à eux ? Un medley de 18 chansons françaises et québécoises.

Concernant les à-côtés du festival, le stand de réalité virtuelle proposait une vingtaine de courts métrages, comme par exemple se voir faire disséquer après une mort brutale d’une chute dans les escaliers. En plus soft, la Gaming Madness Zone offrait la possibilité de se retrouver autour d’une table et d’un jeu de plateaux. À quoi s’ajoute les coiffeurs et maquilleurs pour être le plus sanglant des vampire-zombie-alien et un coin littéraire avec une librairie 100% SF, horreur, épouvante… Et bien sûr, le bar !

 

Voilà, le cadre est posé. Entrons dans le vif du sujet, la matière du festival… les projections. J’ai donc débuté avec Killing God (Matar A Dios) des catalans Caye Casa et Albert Pinto, précédé du court métrage RIP des mêmes réalisateurs.

 

RIPOn y retrouve Francesca Orella, actrice principale de Killing God. Et le ton est donné. L’humour noir espagnol cinglant et anticonformiste, illustré par des dialogues pertinents et une trame maîtrisée, est d’une efficacité qui nous met en de bonnes conditions pour la suite. Je n’en dis pas davantage et vous le conseille fortement.

 

Matar_a_DiosKilling God était présenté en compétition européenne. Une comédie noire qui débute par un père et sa fille en voiture dans la forêt, la nuit (oouuhh !) qui sont forcés de s’arrêter car un sans-abri à barbe blanche est planté au milieu de la route et n’a pas l’air de vouloir les laisser passer. Arrive ce qu’il arrive et nous retrouvons un couple de cinquantenaire dans la cuisine d’une grande maison perdue au milieu des bois (oouuhh !) en train de préparer une énorme tortilla pour le nouvel an qu’ils s’apprêtent à fêter avec le père et le frère du mari. L’action d’une heure trente va alors se dérouler en huis clos, occasion rêvée pour quelques révélations et règlements de comptes. La première partie du long métrage est bien maîtrisée. Les personnages sont contextualisés, les dialogues sont pertinents et à l’humour ravageur qui nous fait penser aux Monty Python. L’ambiance au dîner devient de plus en plus pesante et c’est sans compter sur l’arrivée impromptue d’un étranger dans la maison repérée par les bruits qu’il émet depuis les toilettes. Personne d’autre n’est attendu et encore moins aux toilettes. C’est l’arrivée de Dieu. Dieu, pas très porté sur le « aimer vous tous » ni « paix dans le monde », vient annoncer l’apocalypse qui surviendra au lever du soleil. La deuxième partie offre un humour moins fluide, moins pertinent, ponctué de quelques redondances qui tombent à plat. La salle plutôt réceptive au départ montre un certains las. Cependant, le jeu des acteurs porte le film jusqu’au bout.

 

How_to_Talk_to_Girls_at_PartiesToujours en compétition européenne, la deuxième séance fût l’adaptation d’une nouvelle de Neil Gaiman, How To Talk To Girls At Parties de J.C. Mitchell, qui n’a pas franchement sût répondre à la question. Se vendant comme le remake de Roméo et Juliette version punk-alien, on a plutôt eu l’occasion d’observer un punk gentillet – édulcoré, mise à part une première scène de concert. Tout du moins le punk joué dans des squats qui sentent le sapin magique et une Nicole Kidman qui n’est baronne du genre qu’à travers des fringues à trous et une voix sur-dosée de nicotine, non merci ! Le scénario est toutefois sauvé par un développement porté sur les aliens, donnant libre champ à du grand n’importe quoi british qui fait bien marrer. À retenir, les deux acteurs principaux (Alex Sharp et Elle Fanning (The Neon Demon)) qu’il peut être intéressant de suivre. Sortie du film aux États-Unis le 18 mai prochain.

 

A_Special_LadyOn passe à la compétition des thrillers et par la même occasion à la deuxième salle de projection avec une qualité de son bien au-delà de la première, en compagnie de A Special Lady du sud-coréen Lee An-Kyu. On est plongé dans un réseau criminel où Mi-Ok, la femme spéciale, est la numéro deux. C’est donc le portrait d’une femme aux cheveux courts et blancs dans un milieu composé uniquement d’hommes habillés de noir et où les autres femmes sont des prostituées. Le scénario de vengeance est classique, rien de nouveau sous le soleil. Son traitement est cependant bien mené avec une héroïne qui se dévoile au fur et à mesure et dont on comprend le potentiel moral et physique au fil des situations pas forcément très cool qu’elle rencontre. C’est ainsi l’occasion de belles scènes de combats non pas originales mais bien faites où tout ce qui tranche, coupe, pointe est utile.

 

Montreal_Dead_EndL’ultime séance, la dernière avant que le rideau ne tombe, était pour Montreal Dead End. Un ensemble de plus de dix courts métrages créés par autant de réalisateurs, totalement auto financé et porté par plus de 300 bénévoles. L’idée de base : une étrange fumée verte qui s’échappe des égouts envahie Montréal de diverses créatures. Chaque court est développé dans un quartier différent de la ville. C’est ainsi l’occasion de découvrir l’imagination et le style de chaque réalisateur avec du bon, du moins bon et du carrément incompréhensible. En tout cas, le concept et le contexte de création donne du mérite à ce genre d’entreprise et vaut le coup d’œil.

 

En résumé, un festival court pour moi mais une belle découverte. L’ambiance « soirée film à la maison avec les copains » lors des projections où l’on commente et réagit à voix haute rend le festival vraiment chouette (mis à part quelques lourdos aux blagues sexistes pas très fines !) et permet aux flippettes comme moi qui rechignent à aller voir un film d’épouvante ou d’horreur au cinéma d’être plus détendue et de vraiment apprécier le moment.

Un grand merci au BIFFF !

Anaïs

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