Vessels – Dilate (2015)

a1394314813_10En virage musical complet pour son troisième album, Vessels signe ici une rupture nette avec le post-rock, que le navire anglais représentait très bien jusque là. On est en droit d’avoir peur, d’être déçu ou d’être enthousiaste mais il faut d’abord écouter Dilate pour porter le moindre jugement sur ce qu’il renferme.

Le point de non retour est atteint, Vessels vient de signer là un album qui emmènera le groupe plus loin que le simple carcan du post-rock qui lui collait à la peau. Traficotant sur les sphères électroniques, le groupe explore un horizon épique en utilisant les codes et les expériences du rock progressif et lent de leur « ancien style ». Il donne à Dilate une âme. Ce genre de passage est souvent difficile, parfois catastrophique, mais Vessels se dote ici d’une force musicale qui dynamite leur concept et révèle une aura et un style propre à eux, leur permettant de justifier leur place dans le monde de la musique.

L’album commence sur « Vertical »; le néant va alors se fissurer. Ces marteaux laissent passer petit à petit un son clair, la rythmique électronique est annoncée dès le début, la rupture est là devant nos oreilles. Chaque couche se met en place parfaitement, la musique s’échappe et monte mais finalement le néant vient reprendre tout ce qu’il a laissé partir. Au son de ces petites clochettes, chaque note est aspirée. C’est sur cette base que Vessels dicte sa musique pour le reste de l’album; tous les indices de cet opus sont dans l’introduction.

Aspiré à notre tour, « Elliptic » arrive comme le train de l’enfer et son alarme de porte qui annonce l’ouverture. Nous montons à l’intérieur et le véritable voyage commence. Passant devant des paysages très innocents et doux, on entend au loin des cris mortuaires. Flouté par ces belles images, on se laisse avoir par la montée du synthé qui petit à petit terni le morceau, la rendant plus sombre. Jusqu’à l’arrivée du synthé « chevalier » qui part en guerre contre son prédécesseur. On a vraiment l’impression d’écouter un combat musical, la batterie jouant là le juge et dictant le rythme. C’est une belle bataille qui se déroule, la victoire est éclatante et le morceau joue ici le rôle de tube de l’album, amenant la puissance nécessaire pour mettre tout le monde d’accord sur le changement de style du groupe.

a1394314813_10

Viennent ensuite « Echo In » et « As You Are », apaisants et calmes. On prolonge volontiers l’écoute, surtout sur la voix langoureuse de ce dernier. Comme une sirène, elle nous drague et nous ramène par mesquinerie sur le chemin de la guerre vers un « Attica » violent. Le rythme redevient le juge impitoyable et les couches se battent pour savoir qui prendra le plus de hauteur. Ce nom antique se suffit à lui-même pour expliquer cette bataille musicale. Le combat continue sur les morceaux suivants, amenant jusqu’à « On Your Own Ten Toes ». Explosion de toutes ces guerres, ce dernier morceau ne donne pas de vainqueurs, c’est la chute et le mélange de sang des deux combattants qui donne la force et le pouvoir à ce titre. Véritable pépite qui éclate dans l’oreille, on se laisse avoir et on est contents. Heureux de voir ce combat laisser place à un beau paysage. « Beautiful You Me » est ici en bonus-track et n’est, à mon humble avis, pas à sa bonne place, méritant d’être au cœur de la guerre juste avant son prédécesseur actuel. Ce morceau reste toutefois très bien senti et diffuse à lui tout seul un parfait résumé.

Vessels livre ici un très bel album. Diamétralement opposé aux précédents opus, Dilate parvient néanmoins à prendre le tournant de façon magistral. Plus que d’avoir réussi son troisième album, le groupe a enfin son identité musicale.

Paulo

Tracklist

01. Vertical // 02. Elliptic // 03. Echo In // 04. As You Are // 05. Attica // 06. On Monos // 07. Glass Lake // 08. On Your Own Ten Toes // 09. Beautiful You Me (Bonus Track)