Victoria (2015)

victoria_300x666Il est de ces films dont on ne sait rien, que ce soit le synopsis, le réalisateur, les acteurs. On a juste entendu une chose et elle a suffit à nous donner envie de se lancer (au-delà d’une curiosité exacerbée et nécessaire). Concernant Victoria, c’était « plan séquence d’une heure et demi ». Forcément, juste pour la performance, on se dit qu’il faut voir ça. Et on en ressort bouleversé.

Sorti courant juin, à l’heure où les beaux jours pointent leur nez et où l’envie de squatter les terrasses de cafés se fait plus forte que celle de s’enfermer dans une salle obscure, Victoria conte l’histoire d’une jeune fille (Victoria, si si !), espagnole fraîchement expatriée sur Berlin. Le film démarre sur une séquence hypnotique où les stroboscopes nous dégomment la rétine alors que la musique se fait sourde. Seules les basses atteignent nos oreilles et on se retrouve happés dans une transe où les corps se déchaînent et s’emmêlent. Bref, on est biens en boîte de nuit et la protagoniste est euphorique. Alors qu’elle décide de quitter les lieux (la fête c’est bien, mais il faut bien travailler dans la vie), la jeune fille rencontre quatre garçons, purs produits locaux qui décident de lui montrer « le vrai Berlin ». Bières, pétards, ballade en vélo dans les rues désertes, visite d’un toit; une fin de soirée typique en somme. Jusqu’au moment où tout bascule. Impossible d’en dire plus sans trop dévoiler l’intrigue (s’il en est) car si la tension est palpable dès le début de cette rencontre fortuite on est rapidement pris de cours par la tournure que prend les choses.

victoriaa_850x300Quatrième film du réalisateur Sebastian Schipper, Victoria est le premier à s’expatrier réellement de son pays d’origine, l’Allemagne. Véritable prouesse technique (un vrai plan séquence, sans coupure ni montage de 2h20), le long métrage est également une œuvre viscérale qui ne laisse pas de répit au spectateur. À l’image du plan d’introduction, le film nous embarque presque malgré nous dans une histoire finalement assez banale, vécue par plus ou moins tout le monde un soir de fête. Sauf que celle-ci tourne au drame. Et c’est là où le réalisateur fait fort : si on se dit à un moment que c’est presque « trop », on sait au fond de nous que tout peut arriver, qu’on n’est finalement à l’abri de rien, surtout quand la passion est là. Car Victoria est avant tout cela : un film ultra sensible où le personnage principal (parfaitement incarnée par Laia Costa, ainsi que les quatre jeunes hommes qu’elle rencontre et dont les visages se transforment au fur et à mesure du film, traits tirés et yeux bouffis), en quête d’aventures et de sensations fortes, s’évertue à tout vivre, tout voir, sans se poser de limite. Un reflet de la jeunesse actuelle finalement. Dès lors, on suit l’histoire les nerfs à vif, obsédés par la suite des évènements mais complètement dépassés par ceux-ci, à l’image des personnages qui ne contrôlent rapidement plus rien.

victoria_850x300Et il faut bien dire que la bande originale fait beaucoup dans cette sensation de tension, celle-ci ayant été composée par Nils Frahm, nouvelle coqueluche de l’électro aux relents de musique classique et dont chaque prestation est acclamée de toute part. C’est donc entre basses vrombissantes et piano intense que l’on vit cette histoire aux côtés des personnages, véritable immersion sensorielle, à tel point que l’on sent l’odeur de la bière, des joints, de la transpiration, et que l’adrénaline nous fait pulser le cœur à toute vitesse. Tous nos sens sont en éveil. En effet, le son, au-delà de l’image, simple et à la fois parfaitement maîtrisée, joue un rôle important dans le film : ces moments de dialogues en sourdine nous plongent contradictoirement encore plus dans l’histoire et c’est les mains moites que l’on ressort de la salle, comme si on sortait d’un véritable cauchemar en chute libre. Difficile de s’en remettre tant les images et les émotions restent, mais Victoria est à voir de toute urgence. Courez-y !

Hélène

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