Vincent Dedienne : S’il se passe quelque chose au Théâtre 140 (17/05/2018)

dedienne_300x666Au temps jadis, le Théâtre 140 fût un lieu de découvertes, avec une programmation aventureuse, défricheuse. Puis Jo Demkine, âme du lieu, a vieilli et est mort. Je hais la nostalgie du « c’était mieux avant » mais il est nécessaire de signaler que si le lieu n’a pas été renommé, il faut faire abstraction de son passé quand on y va encore. Maintenant il s’agit d’un théâtre bourgeois dans le sens le plus strict du terme. Les audaces peuvent y subsister seulement si elles sont passées dans les mœurs d’un public qui veut en avoir pour son argent.

« Ça va être hyper drôle » entends-je derrière moi tandis que je m’installe. Vincent Dedienne, Molière de l’humour 2017, promène son S’il se passe quelque chose depuis quatre ans. Il est devenu une star du genre au travers d’une tournée qui n’en finit pas de finir. Connu aussi pour des chroniques et des interventions télévisées, le public est conquis d’avance. Le noir se fait, le public est hystérique et applaudit à tout rompre, Vincent Dedienne n’est pas encore là.

Alors quand il débarque à oilp, on frôle déjà l’overdose d’enthousiasme injustifié comme cette arrivée qui n’a aucun sens pour le spectacle. On sent que pour un certain public il s’agit encore d’une originalité, alors que si on suit un peu le théâtre de ces vingt dernières années, être habillé tout un spectacle est bien plus une performance de comédien. Premier effet facile, première ficelle, mais ça marche. On est dans un genre de spectacle où l’efficacité prime sur toute autre forme de questionnement. Il s’habille, on peut commencer.

Immédiatement, Dedienne annonce la couleur : il est là pour parler de lui, exclusivement de lui. Je n’ai strictement rien contre les artistes auto-centrés, nombrilistes, il faut seulement que leur nombril soit intéressant. Auto-ironie et adresses au public seront les autres maîtres mots de la soirée. Je me concentre, j’essaie de m’ouvrir l’esprit, je me demande déjà dans quelle galère je me suis embarqué surtout quand il annonce que le seul en scène durera une heure trente.

dedienne_850x300Alors voilà, on a quelques anecdotes de son enfance à Macon, c’est pas bien joyeux, on s’en doutait un peu. Quelques formules font mouche, les rires les plus bruyants que je n’ai jamais entendu l’attestent. Puis on passe à l’adolescence. Ça reste tout aussi superficiel, tout le monde peut rire d’un truc, il y en a pour chacun.

Le spectacle s’éternise, il faut que je regarde l’heure, il reste trente minutes, je dois me concentrer. Je compte les costumes qui restent sur la tringle. Il n’y en a plus qu’un. Un tableau encore, et puis ce sera fini.

L’âge adulte n’est quasiment pas évoqué. Il a peut-être encore moins à raconter sur le sujet. Les adresses au spectateur se font de plus en plus nombreuses. De nouvelles allusions à son homosexualité, c’est bien, 37 euros, finalement ce n’est pas si cher pour s’acheter une caution tolérance. Les clichés sur le genre s’accumulent, une fois de plus ça plaît.

Une reprise de Mouloudji en guise de rappel est peut-être le premier moment où il y a quelque chose d’authentique, mais ça ne rattrape pas l’impression générale de vacuité. Dedienne annonce parler de lui, mais il le fait de l’extérieur, il ne donne rien, tout est dans l’esbroufe. Le titre est peut-être ce qu’il y a de plus profond. Je quitte la salle rapidement alors qu’il y a encore une ovation debout comme pour un chanteur de variété des années 70, comparaison à laquelle je pense tant les nombreuses références sont vieillottes, ringardes. Dedienne a 31 ans mais sa vie semble s’être déroulée dans un autre passé que sa date de naissance le laisse supposer. Je ressens bien plus de colère que de joie, de ressentiment que de sentiment en franchissant les portes du théâtre.

Fripouille

Vous aimerez aussi