Wild Shelter au Botanique (13/04/2017)

pochette_wild_shelter_finalLes beaux gosses de Wild Shelter sont venus donner des cours de tendresse à la Rotonde du Botanique. Quelques nappes cosmiques, des chœurs célestes et graves, des mélodies délicates et soudain, ce mercredi est devenu tout à fait respectable.

Pour un petit groupe qui débarque dans l’océan des rockstars, Wild Shelter réunit déjà pas mal de monde. Ils avaient leur groupe de chauffe, un système féminin de vocalise ultra-technifié portant l’appellation Les Divas Dugazon que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de voir pour des raisons Affligem Triple. Mais un simple détour sur YouTube me fait déjà regretter ce penchant houblonneux. Et ils avaient leurs fans.

Wild Shelter est l’un de ces groupes portés vers les cieux par une armée de supporters endurcis, des croyants qui déboursent par crowdfunding et veulent voir l’objet de leur foi placardé sur les murs de toutes les salles de concert. Elles sont jeunes, belles et d’allure bourgeoise, ils sont jeunes, beaux et polis. J’ai compris cela lorsque j’ai traversé cette foule armé de bières débordantes et que, à l’instar de Moïse, les flots bouillonnants se sont écartés pour me laisser rejoindre la terre promise : tout devant.

Avant même que les rockeux ne débarquent, la salle était déjà pleine d’une tension toute adorable. Puis, les lumières se sont éteintes, de gros spots blancs ont répandu une lumière diffuse sur la scène, comme un paquebot traversant une mer de brouillard dans une nuit d’encre et des orgues lointains se sont superposés en tranches mélodieuses et délicates. Le bassiste s’est placé en position de départ, l’organiste a géré quelques notes synthétiques et le batteur a caressé ses toms.

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Quand Alex et Adrien sont arrivés en courant au milieu des instruments, la salle n’était plus qu’effusions de joies, claquements de plancher et sifflements effrénés. Des dizaines de panneaux ont été brandis dans les airs sur lesquels on pouvait lire « Vous êtes les meilleurs », « Adri, on t’aime » et d’autres messages de baise absolument fabuleux. Les deux frangins se sont emparés de la scène et ont lancé un vibrant « Ça va Bruxelles ? », comme toute vrai star se doit de le faire.

Je me suis revu quelques siècles auparavant. En période de blocus, avec Alex, on révisait pour un examen de statistiques ou de compta. Un truc chiant. Dispersé, Alex avait sorti sa gratte pour me montrer un morceau de sa composition. Il m’avait expliqué qu’il avait le projet de monter un groupe avec son frère et qu’il aimerait en vivre. Je l’avais regardé avec compassion avant de l’enjoindre à retourner à nos notes de cours. Pour moi, son histoire relevait du rêve d’ado et elle ne devait pas empiéter sur le vrai rêve : réussir ses études.

Pourtant, quelques années plus tard, le mec y est. Il lâche des blagues sur scène, remercie son pote Pierre (FSTN) pour la cover de leur nouvel album et balance un t-shirt trempé de sa propre sueur dans la foule, provoquant une micro-émeute. À la régie, c’est l’ingé-son perso du groupe qui tripote les boutons et en coulisse, son producteur veille à ce que son attitude scénique l’emmène au top. C’est classe et ça fout une sacré claque à tous ceux qui pensent qu’il ne sert à rien de courir après ses rêves. Dans vos gueules les cyniques (hashtag moi).

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La suite du concert, c’était des moments très 80’s cousus de passages très rocks. Alex a une voix chaude dont la gravité a un pouvoir de mouillage de culotte de 10 sur l’échelle des Beach Boys. Adri joue dans le retrait, laissant sa voix flotter dans des sphères plus aériennes. Et si le reste du groupe est moins mis en avant par des volontés mercatiques, il n’en reste pas moins d’une très bonne mouture. Comme dans tous les grands groupes, il y a une à deux figures mises en avant, tandis que les autres jouent la carte de l’effacement. Les Doors avaient Morisson, Wild Shelter a les frères AA Wayenbergh. Mais tout comme les Portes de la perception avaient Manzarek, Krieger et Densmore, WS a aussi Sébastien Colette, Alan Delanghe et Olivier Detroz.

Moment étrange dans cet écoulement de dream pop, le rappeur Dynamic a débarqué sur la scène. Il avait une violente pêche, ultra-contagieuse, qui n’a nullement entamé le voyage intergalactique et sucré. Bien au contraire. Après deux rappels – toute vraie star-band se doit de faire des rappels – Wild Shelter et Gordon Delacroix, le chanteur des Recordersont terminé avec le tube que tes petits enfants écouteront lorsqu’ils iront en vacances sur Mars : « Feel The Way You Do ». Un tube calibré pour les ondes, qu’elles soient cosmiques ou hertziennes.

Le projet de Wild Shelter, c’est de rendre humide les culottes du monde entier. Ce groupe veut faire couler des torrents d’amour des muqueuses baveuses des mâles et femelles de la planète entière. Et vu comme c’est parti, il y a de bonnes chances pour que cela arrive un jour.

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