Clipping au Magasin 4 (09/12/2016)

C’est une Hydre que le Magasin 4 accueillait en son sein vendredi dernier. Une tête d’affiche greffée sur une autre, chacune dans son style. L’histoire est simple: l’affiche initiale devait se composer de Edgar AnimoOui Mais Non et Wrekmeister Harmonies. Trois groupes pertinents dans le style post-rock psyché. Par la suite, la possibilité de faire jouer Clipping s’est présentée et, les californiens ayant déjà fait une prestation remarquée il y a deux ans avenue du port, l’occasion était bien trop belle que pour être négligée.

Dans ce contexte, ce fût une affiche pour le moins surprenante qui s’imposa à nous, les trois premiers groupes étant quasi exclusivement instrumentaux tandis que Clipping développe sa rythmique autour du flow de Daveed Diggs.

La soirée démarre par Edgar Animo, quatuor bruxellois fondé en 1996 et reformé récemment sur Dear Deer Records. Groupe au départ post-rock, ils se reforment sur une une formule davantage Jazz et sortent un album cette année.  Un timing serré m’aura, malheureusement, empêché de les voir mais vous pouvez les retrouver ici.

Oui Mais Non

Oui Mais Non

Ce sont les Lillois de Oui Mais Non qui prennent en main la suit des évènements. Sur une formation guitare, basse, batterie et vibraphone, ils nous délivrent un post-rock psyché instrumental avec de fortes influences jazz au résultat intéressant bien que quelque peu hermétique. Passant de passages calmes progressifs à de réels moments de bravoure et malgré des progressions plutôt bien construites, j’ai éprouvé un certain mal à me laisser captiver. Mais il est encore tôt et quelques bières et vapeurs bien placées me guideront vers Wrekmeister Harmonies dans des conditions bien plus adéquates.

Wrekmeister Harmonies

Wrekmeister Harmonies

Étant principalement venu pour Clipping, c’est avec des oreilles vierges (si leur parcours me permet de les considérer de la sorte…) que je découvre le conceptuel projet de JR Robinson. 

Venu défendre leur dernier album « Light Falls » sorti sur Thrill Jockey,  le collectif de Chicago connu pour ses performances d’une heure sans interruption bien souvent dans des endroits tels que des musées, ponts ( le Golden Gate oui oui) et autres lieux insolites s’impose avec un post-rock aux influences drone, doom et metal: mystique, imposant et magistral! Souvent accompagnés par des musiciens de renom, le noyau dur de Wrekmeister Harmonies composé de JR Robinson à la guitare/chant et de Esther Shaw aux claviers/violons/chant était entouré ce soir là par trois autres musiciens dont j’aimerais tant vous parler mais, soyons honnêtes, bien que le bassiste était fort sympathique, je n’ai pas la moindre idée de qui ils sont… Toujours est-il que ce concert redoutable m’a transporté vers un état à la limite de la transe: tel un gourou au look de Rob Zombie et à la voix teintée de Nick Cave, le charismatique leader nous entraine dans une sorte de blues crépusculaire. Comme si, médusé, j’assistais au coït de Neurosis avec Johnny Cash. Seul bémol: un brouhaha incessant émanant de la salle perturbant les passages les plus calmes. Un autre public attendant son tour sur cette affiche paradoxale…

Clipping

Clipping

Tout aurait pu se terminer à cet instant; la reverbe fanatique de Wrekmeister Harmonies résonant encore sournoisement dans le fond de nos canaux auditifs; nous guidant vers un dernier verre avant de rentrer rêveurs sous une nuit d’automne dans les rues de Bruxelles… Mais la programmation en avait décidé autrement.

Tandis que certains s’éloignent, d’autres s’avancent. Un public pas forcément différent mais l’on ressent une impatience électrique dans le fond de l’air moite du Magasin 4. 

Clipping est installé et s’apprête à envoyer son jus dans nos oreilles. Si le trio californien ne m’avait de prime abord pas convaincu par sa dernière galette en date, le conceptuel « Splendor & Misery », l’expérience live est autrement radicale ! Le flow quasi mathématique de Daveed Diggs est une réelle base rythmique sur laquelle les sonorités organiques de William Hutson et Jonathan Snipes viennent se greffer avec une efficacité déconcertante ! Le MC dégage une énergie hyper communicative, que ce soit avec ses musiciens pour des « private jokes » musicales entrecoupées de sourires ou avec son public au milieu duquel il terminera un concert maitrisé de bout en bout.

En rentrant lessivé d’une programmation d’une qualité telle à un prix si abordable, je me sens obligé de souligner à quel point des salles telles que le Magasin 4, le Barlok, le Bunker et d’autres, sont des lieux clés de la vie culturelle alternative de Bruxelles. Des lieux qui doivent être préservés pour garder une vision culturelle globale d’une ville qui tend à se vendre aux plus offrants.

Amers bisous.

Major Fail

Crédit photos : Elodion

Et en Bonus, un court de Clipping sortit tout juste hier! Comme quoi la procrastination a du bon !!!

 
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